"Je suis vivante et en bonne sant�" d�clare Ingrid Betancourt dans une vid�o pr�sent�e samedi soir par la t�l�vision colombienne Noticias Uno. Analyse d�un curieux discours.
Les derni�res nouvelles dataient du 13 mars 2003 quand les FARC, par l'entremise de Raul Reyes, avaient r�pondu � des questions �crites d'un journaliste. Ils disaient qu' "Ingrid Betancourt est en vie et en bonne sant�" et ajoutaient qu'elle �tait "stimul�e par les initiatives prises par le gouvernement fran�ais pour obtenir sa lib�ration de m�me que par sa famille � commencer par sa m�re, son mari et ses enfants." Pas de mention de Clara Rojas dans l'article. Mais la d�claration �tait une claire invitation en direction du gouvernement fran�ais pour qu�il continue � faire pression sur le gouvernement colombien.
Dans la vid�o du 30 ao�t, Ingrid Betancourt fait allusion � la mort, le 5 mai dernier, du gouverneur de Medellin, Guillermo Gaviria et de l'ex-ministre de la d�fense, Gilberto Echeverri, ex�cut�s par les FARC lors d'une tentative de lib�ration par l'arm�e colombienne; c'est la seule indication qui permette de "dater" plus ou moins la r�alisation de la cassette. Dans la vid�o Ingrid appara�t seule : pas de nouvelles de Clara Rojas, sa compagne de captivit�.
Pour m�moire, les FARC avaient annonc� avoir ex�cut� 10 otages incluant le gouverneur de Medellin, Guillermo Gaviria et l'ex-Ministre de la D�fense Gilberto Etcheverri, apparemment provoqu�e par une tentative de lib�ration par les forces arm�es colombiennes. La famille d'Ingrid Betancourt a alors produit un communiqu� condamnant la tentative de lib�ration et l'assassinat des otages. Elle appelait � un enclenchement rapide de n�gociations pour la lib�ration des otages.
Or dans cet enregistrement de 22 minutes, Ingrid Betanourt estime que la lib�ration des otages civils retenus comme prisonniers politiques - tels qu'elle-m�me, ainsi que douze parlementaires, anciens s�nateurs et ministres - est de la seule responsabilit� des rebelles. Les FARC doivent "faire un geste unilat�ral de paix, c�est-�-dire des lib�rations humanitaires", explique-t-elle.
Or la cassette produite a �t� contr�l�e par les FARC. Comment ont-ils pu laisser passe une telle affirmation contraire � leurs d�clarations ant�rieures ?
Plus curieux encore , la captive se d�clare favorable � une intervention de l'arm�e pour tenter de la lib�rer contredisant ainsi le communiqu� du 7 mai �crit par sa famille : "On ne peut pas renoncer � ses droits, � sa libert�, m�me par prudence. Un sauvetage oui, d�finitivement oui, par principe, mais pas n'importe quel sauvetage : un sauvetage r�ussi " ... " Une telle d�cision doit �tre prise en conscience par le pr�sident Alvaro Uribe lui-m�me et non par l'arm�e�, a-t-elle d�clar�. "Car c'est une d�cision politique - pas militaire".
Puis elle exhorte les autorit�s colombiennes � �changer les rebelles emprisonn�s contre les soldats et policiers d�tenus par les FARC. "L'�change est l'obligation morale d'un Etat d�mocratique", affirme-t-elle. Par contre, elle affirme "�tre oppos�e � un accord humanitaire pour un �change de prisonniers entre des civils et des gu�rilleros". "Il s'agit d'une position de principe, et je souhaite que ma famille le comprenne".
On ne peut que s�interroger sur le fait que les ravisseurs aient laiss� passer cette prise de position en apparence contraire � leurs int�r�ts. Il se pourrait n�anmoins que ce soit les FARC qui aient t�l�guid� les propos d�Ingrid Betancourt. Nous allons y revenir.
Parlant des trois Am�ricains d�tenus par les Farc, Ingrid dit ne pas �tre inqui�te, parce qu'elle sait que les �tats-Unis "les sortiront de l� - o� qu'ils se trouvent". L� encore la phrase est �nigmatique et pourrait �tre une incitation � l�initiative de la part des �tats-Unis.
Elle envoie en outre ses remerciements au Gouvernement de la France, � l'ambassadeur de ce pays en Colombie, Daniel Parfait, ainsi qu'au chancelier Dominique de Villepin d�montrant ainsi qu�elle a �t� tenue au courant de l��quip�e amazonienne du 20 juillet dernier. Ces propos pourraient �galement d�montrer qu�il y avait effectivement un arrangement en pr�paration entre les FARC et la France, arrangement mis � mal par la presse br�silienne vraisemblablement mise sur le coup par les services de renseignements colombiens.
Il est impossible de ne pas penser � une nouvelle manipulation des FARC. Le message d�Ingrid Betancourt a �videmment �t� contr�l� et chaque mot pes�. Que peuvent donc signifier ces appels � refuser tout �change d�otage civil et � une offensive militaire sinon une mani�re de d�signer la responsabilit� de la pr�sidence colombienne ?
Les FARC ont tent� jusqu�� maintenant d�obtenir la lib�ration de leurs militants contre des otages captur�s sur les routes des secteurs qu�ils contr�lent. Or les autorit�s colombiennes ont refus� toute tractation allant jusqu�� passer un accord avec les groupes paramilitaires, les AUC, pourtant accus�s de divers massacres de paysans et de trafic de drogue.
Mais les �tats-Unis pressent d�sormais les autorit�s colombiennes d�en finir avec la gu�rilla qui contr�le aujourd�hui un tiers du territoire et disposent d�un tr�sor de guerre colossal.
Ingrid Betancourt tient dans la cassette un discours qui va � l�encontre de sa propre s�curit�. En bonne logique elle devrait presser, comme elle l�avait fait dans le pr�c�dent message, en juillet 2002, la pr�sidence de provoquer un �change otages contre prisonniers et d��viter surtout une op�ration militaire, la derni�re en date ayant �chou�.
Le 24 juillet 2002, les FARC faisaient parvenir une cassette video montrant Ingrid et Clara amaigries. La cassette avait �t� tourn�e le 15 mai. Amaigrie, l'air las, Ingrid accusait le gouvernement d'avoir abandonn� le pays et de la laisser "pourrir" dans la jungle, tout comme "50 officiers de la police et de l'arm�e qui pourrissent dans la jungle comme nous".
Elle demandait au procureur g�n�ral de la r�publique d'enqu�ter sur les circonstances de son enl�vement par les FARC. Ingrid demandait aussi l'intervention de m�diateurs internationaux pour relancer le processus de paix visant � mettre fin � la gu�rilla qui a fait 40.000 morts ces dix derni�res ann�es : "Je demande � la communaut� internationale de nous aider � pr�server la possibilit� de paix en Colombie. Personne en Colombie n'a le pouvoir d'entraver le chemin de la paix".
Aujourd�hui elle appara�t en bonne sant� et dynamique. Mais ses propos mettent le pr�sident Uribe devant ses responsabilit�s un an apr�s son �lection. Il y a fort � parier que les FARC vont bient�t faire un geste unilat�ral de lib�ration de mani�re � pouvoir d�fendre leur cause devant l�ONU et mettre en accusation la Colombie.
Ingrid Betancourt est devenue l�une des personnalit�s mondiales les plus appr�ci�es. Elle est donc une monnaie d��change inestimable. C�est la meilleure garantie de sa survie.
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