Nathalie M�nigon : la mise en libert� attendra
L�avocat de Mme M�nigon, Me Jean-Louis Chalanset, avait demand� que sa cliente, �g�e de 45 ans, puisse b�n�ficier de la loi du 4 mars 2002 sur la possibilit� de suspension de peine, pour raison de sant�. Nathalie M�nigon a subi deux accidents vasculaires c�r�braux, dont l�un l�a laiss� partiellement h�mipl�gique.
Elle a �t� condamn�e en mai 1994 par la cour d�assises sp�ciale de Paris � la prison � perp�tuit� pour avoir particip� � six assassinats, dont ceux de l�ing�nieur g�n�ral Ren� Audran et du PDG de Renault Georges Besse, ou tentatives d�assassinats entre 1984 et 1986.
Nous publions ici un dossier consacr� aux militants d�Action directe.
Que deviennent les d�tenus militants d�Action directe ?
Le 2 juillet une d�p�che pass�e inaper�ue annon�ait que l'ancienne membre du groupe Action directe Nathalie M�nigon s'�tait bless�e mardi au bras dans sa prison de Bapaume (Pas-de-Calais), apparemment dans un acte d'auto-mutilation.
Elle �tait hospitalis�e pendant 24 heures � Arras avant de retrouver mercredi la centrale de Bapaume. Nous publions ici un dossier sur les militants d�Action Directe afin d�illustrer le malaise dans les prisons fran�aises.
Aucun d�tail n'�tait fourni par l'administration de la centrale mais il semblait que la blessure ait �t� occasionn�e par un grillage.
�g�e de 45 ans et purgeant une peine de prison � perp�tuit� depuis 1994 pour sa participation � six assassinats - dont ceux de l'ing�nieur g�n�ral Ren� Audran et du PDG de Renault Georges Besse entre 1984 et 1986 - Nathalie M�nigon aurait d�j� effectu� des gestes similaires.
Son avocat Jean-Louis Chalanset a demand� � maintes reprises qu'elle puisse b�n�ficier de la loi du 4 mars 2002 sur la possibilit� de suspension de peine pour raison de sant�. Mais un premier rapport d'experts m�dicaux avait conclu que son �tat de sant� n'�tait "pas incompatible avec sa d�tention".
Le d�fenseur a toutefois obtenu en avril dernier une contre-expertise m�dicale sur la base de laquelle les magistrats prendront une nouvelle d�cision le 15 septembre 2003.
Toujours selon Me Chalanset, sa cliente a subi deux accidents vasculaires c�r�braux, dont l'un l'a laiss�e partiellement h�mipl�gique. Elle absorbe onze m�dicaments diff�rents par jour et souffre de troubles de l'�quilibre, de la motricit� et de pertes de m�moire.
L��tat d�un autre membre d�Action Directe, Georges Cipriani est plus tragique encore. Devenu fou en prison, il est n�anmoins maintenant maintenu sous les verrous. La raison ne peut �tre que la vengeance de l��tat.
Dans un article intitul� � Proc�dures lourdes et discriminatoires - Les prisons fran�aises, d'Action directe aux droits communs � paru dans le Monde Diplomatique en juillet 2001, Edgar ROSKIS, journaliste, ma�tre de conf�rences associ� au d�partement d'information-communication de l'universit� Paris-X (Nanterre), �crivait � propos des conditions de d�tention des militants d�Action Directe :
� Qu'est-ce que l'isolement ? Une cellule pour soi tout seul, certes pourvue de r�cepteurs de radio et de t�l�vision, et le droit de recevoir les journaux - � condition d'y �tre abonn� - et un courrier �videmment censur�. Parfois un crayon et du papier. Mais surtout l'absence totale d'interlocuteurs autres que ses propres surveillants. � Vous �tes pris dans un marais brumeux, sans limites, sans rep�res, et les jours passent.
Beaucoup d'isol�s craquent, souvent se donnent la mort ou perdent la raison comme mon camarade Cipriani. On pense beaucoup. On pense toute la journ�e. Le cerveau ne s'arr�te pas. C'est un voyage int�rieur. Les murs de la cellule deviennent une autre peau. Et la pens�e tourne en rond. Tr�s peu de stimuli dans la journ�e donc, le pass�, le pr�sent, le fantasme, tout se m�lange. Dans une r�flexion ininterrompue, qui tourne en boucle, souvent, malheureusement. C'est pour �a qu'on parle de torture. Les gens ne comprennent pas comment rester immobile sur un tabouret peut �tre qualifi� de torture. C'est une torture. C'est une torture parce qu'on est seul (8). �
De quoi devenir fou. Et fou, M. Georges Cipriani l'est effectivement devenu en d�tention. � C'�tait un mec fier et propre. Je l'ai revu il y a quelques jours, il est dans un �tat lamentable. Il ne parle plus � personne, il erre, les cheveux et la barbe longs, sale, il a des probl�mes d'incontinence. Il n'a rien � faire en prison dans cet �tat �, raconte un surveillant de la centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin), secr�taire r�gional de la CGT (9). C'est un � maton � qui parle.
En 1993, M. Cipriani est plac� en h�pital psychiatrique, pour vite r�int�grer son p�nitencier. Depuis, il n'a plus �t� soign�, pas plus que Mme Nathalie M�nigon pour ses probl�mes cardio-vasculaires. C'est aujourd'hui la principale revendication de M. Jean-Marc Rouillan, maintenant qu'il a obtenu des conditions � peu pr�s � normales � de communication avec Mme M�nigon, qu'il a �pous�e en prison : que le cas de M. Georges Cipriani soit correctement pris en charge sur un plan m�dical. �
Un appel de plusieurs personnalit�s
En r�action � ces conditions d�emprisonnement indignes d�une d�mocratie, plusieurs personnalit�s lan�aient un appel :
� N'acceptons pas l'an�antissement des militantes d'Action Directe !
� En f�vrier 1987, �taient arr�t�s Jo�lle Aubron, Georges Cipriani, Nathalie M�nigon et Jean-Marc Rouillan.
Dans les colloques sur la prison et autres causeries sur les droits de l'homme, il est de bon ton de proclamer que la prison ne saurait �tre que la privation de la libert� et rien de plus. Apr�s onze ans de d�tention "d�mocratique", un bilan s'impose.
- Georges Cipriani, malade en raison de l'isolement et des conditions d'exception qu'il a subies a sombr� dans la folie;
- Nathalie M�nigon, victime le 21 d�cembre 1996 d'un grave accident c�r�bro-vasculaire, tra�ne depuis lors une d�pression qui ne peut trouver de solution dans le cadre actuel de sa d�tention.
Nous ne pouvons plus garder le silence devant la situation cr��e.
Depuis leur arrestation, les quatre militants d'Action Directe ont subi de v�ritables conditions d'exception. Non seulement ils se sont vus imm�diatement plac�s, et durant de longues ann�es, en isolement, mais de plus leurs dossiers judiciaires ont d�pendu d'une juridiction d'exception.
En septembre 1986, dans le consensus s�curitaire cr�� par les attentats-massacres de l'ann�e, �taient vot�es des lois sp�ciales. Elles r�tablissaient une juridiction hors du droit commun pour les d�lits et crimes commis dans le cadre d'affrontements politiques. Elles �vacuaient soigneusement toute connotation politique pour d�finir ce que ces actes pouvaient avoir de particulier, en les associant sous une rubrique d'entreprises individuelle ou collective de terreur. Elles impliquaient, entre autres, la centralisation, des dossiers "terroristes" par la XIVe section du Parquet de Paris et l'instauration d'une Cour d'assises sp�ciale, exclusivement compos�e de magistrats professionnels. Le 30 d�cembre 1986, contrairement � tous les principes en la mati�re, ces lois sp�ciales du 9 septembre �taient rendues r�troactives.
Depuis, des dizaines de militants politiques ont r�troactivement �t� impliqu�es dans des dossiers g�r�s par la XIVe section, jug�s par une Cour d'assises sp�ciale. Peu ont d�nonc� cette application r�troactive, dont le seul pr�c�dent en droit fran�ais fut les Sections sp�ciales de P�tain. Parmi ces dossiers, ceux des quatre militants d'Action Directe. Dans les faits qui leur �taient reproch�s, seule l'action du commando Pierre Overney contre G. Besse aurait d� en droit �tre jug�e par cette nouvelle Section sp�ciale.
Rappelons le peu de rapport avec une mise en �uvre sereine de la justice que furent leurs proc�s. En gr�ve de la faim depuis plusieurs mois � l'hiver 1988, ils �taient n�anmoins estim�s en �tat de compara�tre. Ils furent frapp�s dans les fourgons et les couloirs du Palais parce que ne voulant pas �tre dessaisis de documents concernant leur d�fense. Rappelons encore les atteintes permanentes � la publicit� des d�bats, aux droits de la d�fense et au droit � la parole des accus�s.
Tandis qu'il n'est pas exag�r� de parler de lynchage p�nitentiaire quand on s'attarde un peu sur les conditions carc�rales subies par les quatre militants d'Action Directe depuis leur arrestation, en mars 1987. Ce fut pour les quatre, pendant de longs mois, l'isolement total, puis l'isolement partiel et s�lectif, les couloirs vides, l'interdiction d'activit�s, etc..
Aujourd'hui, les deux militantes, Jo�lle Aubron et Nathalie M�nigon, bien que jug�es d�finitivement depuis mai 1994, sont toujours d�tenues � la Maison d'arr�t de Fleury, contrairement � ce qui se pratique pour les d�tenus ayant de longues peines � effectuer (cela a chang� depuis octobre 1999 date � laquelle les deux femmes ont �t� transf�r�es dans un centre de d�tention du nord de la France NDLR). Enfin, mentionnons pour m�moire le pitoyable �pisode du mariage entre Jean-Marc et Nathalie, annonc� � grand renfort m�diatique et qui n'a toujours pas eu lieu, volontairement rendu impossible par de basses man�uvres du Minist�re.
Ne rien faire c'est laisser faire. Nous avons � plusieurs reprises alert� les autorit�s comp�tentes. Deux lettres adress�es au Garde des sceaux, �crites � quelque mois d'intervalles, sont rest�es sans r�ponse. Des demandes de permis de visites pour Nathalie M�nigon et Georges Cipriani, �tablies en bonne et due forme, accompagn�es des documents n�cessaires, ont �t� soit syst�matiques rejet�es, soit sont rest�es sans r�ponse.
Comment, dans de telles conditions, ne pourrions-nous croire � une entreprise de destruction d�lib�r�e ? Si tel n'est pas le cas, l'administration p�nitentiaire peut sans probl�me pour la s�curit� satisfaire imm�diatement une premi�re mesure urgente, compte tenu de l'�tat de sant� de Nathalie :
Regroupement des deux militantes dans une cellule double : ces cellules existent � la MAF et ont d�j� �t� utilis�es pour des d�tenues basques.
Et acc�der aux revendications suivantes :
Transfert dans un m�me centre de d�tention adapt� aux longues peines qui permettrait la tenue des engagements de mise en place de parloirs entre ces prisonniers : pris par le Garde des sceaux Arpaillange en juillet 1989, ils donn�rent lieu en septembre 1989 � des permis accord�s par les juges Brugui�res et Vuillemin;
Lib�ration des prisonniers dont l'�tat est incompatible avec la d�tention, comme cela se pratique dans le nombreux pays. Il ne s'agit pas des seuls cas de Nathalie M�nigon et de Georges Cipriani, mais plus g�n�ralement de tous ceux atteints de pathologies graves qui cr�vent en prison.
Et n'oublions pas les demandes concernant les bases du quotidien en prison :
- attribution de nouveaux parloirs, notamment � des personnes habitant en r�gion parisienne, permettant un suivi dans les visites;
- suppression de la censure du courrier.
Plus de 500 personnes signaient cette p�tition qui eut quelques r�sultats puisque les deux femmes �taient regroup�es au Centre de D�tention de Bapaume dans le Nord.
Le collectif � Ne laissons pas faire � qui se bat pour l�am�lioration de la condition de d�tentions des d�tenus d�Action Directe se bat toujours pour les m�mes revendications minimum en d�signant leurs prot�g�s comme des � prisonniers politiques � oubliant comme dans le cas des assassins du pr�fet Erignac que les militants d�Action directe ne sont pas emprisonn�s pour leurs id�es mais pour les assassinats qu�ils ont revendiqu�s.
N�anmoins leurs conditions de d�tention restent hors normes : contr�le et limitations drastiques des appels t�l�phoniques, restrictions sp�ciales dans leurs d�placements au sein de la d�tention, r�tention de courrier...
Le rapprochement de Nathalie M�nigon et de Jean-Marc Rouillan, civilement mari�s, est toujours refus�.
En juin 2000, un bilan m�dical �tablissait que les s�quelles de l�accident c�r�bral subi par Nathalie M�nigon en 1996 ne s��taient pas r�sorb�es, mais qu�il se doublait d�une d�pression profonde. Les traitements m�dicaux renforcent ses probl�mes de concentration, de m�moire, et affectent m�me fonctions de commande du bras et de la jambe gauches, touch�es lors de l'accident de 96. Elle a �galement de graves probl�mes de dos,suite � un accident de voiture en 1982 ; une de ses vert�bres ayant
�t� fractur�e.
Nathalie M�nigon bien que terriblement diminu�e continue d��tre consid�r�e par l�administration p�nitentiaire comme une d�tenue particuli�rement dangereuse. Lorsqu�elle a �t� transf�r�e � l�infirmerie du centre de d�tention de Bapaume en 2000, elle a �t� d�tenue durant cinq jours dans une sorte de cage. Son lit �tait fix� au sol. Il n�y avait aucun meuble dans la pi�ce comme dans les QHS d�autrefois ou dans les mitards d�aujourd�hui. Elle �tait oblig�e d'appeler pour demander � boire. Il lui �tait fait interdiction d�avoir acc�s aux journaux,� la radio, � la t�l�vision, � l��criture. On lui avait retir� sa montre. Ces mesures avaient �t� notifi�es tout particuli�rement par le pr�fet du Nord-Pas-de-Calais. Pendant cinq jours, ses avocats et ses proches n�ont plus eu une seule nouvelle d�elle.
Nathalie M�nigon a ensuite tent� de mettre fin � ses jours. �
Un rapport d�Amnesty International en faveur des d�tenus d�Action Directe
Amnesty International d�non�ait dans son rapport 2002:
� Isolement prolong� de prisonniers
En janvier, Amnesty International a appel� le gouvernement fran�ais � prendre imm�diatement des mesures pour am�liorer la situation de d�tenus qui ont appartenu � l'ancien groupe arm� Action directe et dont l'�tat de sant� se serait d�t�rior� de fa�on alarmante � la suite de p�riodes d'isolement prolong� depuis leur arrestation en 1987. Une grave d�gradation de l'�tat de sant� physique et mental aurait �t� observ�e chez au moins deux d'entre eux, Georges Cipriani et Nathalie M�nigon. Amnesty International a relev� certains �l�ments qui donnaient � penser que le traitement r�serv� aux prisonniers d'Action directe ne satisfaisait pas aux normes internationales, qui cherchent � r�duire les effets nocifs de l'isolement.
Deux autres prisonniers �galement membres d'Action directe, Jean-Marc Rouillan et Jo�lle Aubron, ont entam� une gr�ve de la faim en janvier afin d'attirer l'attention sur la situation inqui�tante de Georges Cipriani et de Nathalie M�nigon. Ils ont recommenc� � s'alimenter apr�s avoir re�u diverses assurances de la part des autorit�s p�nitentiaires, notamment la promesse de soins m�dicaux adapt�s. �
Le cri d�alarme de l�Observatoire International des prisons
En mai 2003 et en raison de son tr�s mauvais �tat de sant�, Nathalie M�nigon apprenait qu�elle pourrait peut-�tre b�n�ficier des dispositions de la loi Kouchner qui avait profit� � Maurice Papon. Fran�ois Bes, membre de l'Observatoire international des prisons, d�clarait alors au journaliste Philippe Blanchard de Digipress:
"Il ne s'agit pas d'une annulation de peine comme on pouvait en obtenir lorsqu'on demandait une gr�ce pr�sidentielle, qui lavait compl�tement l'individu, mais bel et bien d'une mesure humanitaire" pr�cise Fran�ois Bes. "Les d�tenus continuent d'�tre suivis par un juge d'application des peines et connaissent une libert� restreinte aux trajets de chez eux � l'h�pital dans lequel ils sont soign�s. �
L'OIP, faisait remarquer que si l'affaire Papon avait fait grand bruit, les cas pr�occupants en prison �taient l�gion. Personnes handicap�es priv�es de promenade qui ne voient jamais la lumi�re du jour, d�tenus �g�s vivant des conditions d�gradantes, malades chroniques peu ou mal soign�s, la loi Kouchner porte h�las sur une triste r�alit�. Tr�s diminu�e par une commotion c�r�brale, Nathalie M�nigon pourrait donc bien devenir un autre symbole de cette loi qui ne manque pas de susciter des interrogations �thiques.
Au total, selon l'OIP, une petite trentaine de d�tenus aurait d�j� b�n�fici� des dispositions de la loi Kouchner. Mais ce chiffre serait hors de proportion avec ceux � qui le texte devrait s'appliquer. D'ou le travail syst�matique d'information de l'OIP afin que chaque d�tenu puisse conna�tre l'ensemble de ses droits et obtenir une fin de vie de vie ou d'emprisonnement dans des conditions plus dignes.
Prisons fran�aises : un enterrement de derni�re classe pour les d�tenus d�Action Directe
Les prisons fran�aises sont surpeupl�es. Dans certains centres de d�tention, les d�tenus disposent � peine de 1,3 m�tre carr�s par personne, souvent le double de d�tenus pr�vus par cellule. Les surveillants viennent de pr�venir les autorit�s que la situation compte tenu de la surpopulation, de la chaleur, de la p�riode estivale et des manques de personnels, �taient devenus explosive. Nous versons au dossier un article du Monde diplomatique paru en juillet 2001 et une interview du dirigeant d�Action directe, Jean-Marc Rouillan par Herv� MONZAT parue dans la D�p�che du midi 13 novembre 2002.
Les prisons fran�aises, d'Action directe aux droits communs
par EDGAR ROSKIS
(Journaliste. Ma�tre de conf�rences associ� au d�partement d'information-communication de l'universit� Paris-X (Nanterre). )
Cent quatre-vingt-sept prisons en France, cent quatre-vingt-sept r�glements diff�rents. Ou absences de r�glement. Les d�tenus le savent bien, qui lors d'une affectation ou d'un transfert prient pour ne pas tomber dans la mare au diable. Tous l'affirment : la vie quotidienne d'un �tablissement p�nitentiaire refl�te avant tout la personnalit� de son directeur. Autant dire qu'une fois jug�, s'il est condamn� � l'�crou, un pr�venu, encadr� par la gendarmerie, quitte en m�me temps que le pr�toire la sph�re du droit pour p�n�trer dans celle de l'arbitraire administratif.
Voici par exemple comment M. Jacques Lerouge fut accueilli � la centrale de Clairvaux. Juch� sur une estrade, flanqu� de son adjoint et du surveillant-chef, le directeur �nonce : � Nous avons toujours raison, et je vous sugg�re de l'apprendre vite. � Le surveillant-chef : � On r�pond : "Oui, Monsieur le directeur", sinon �a veut dire qu'on n'est pas d'accord, et il n'est pas possible de ne pas �tre d'accord . �
La centrale de Caen est beaucoup plus sympa. M. Lerouge fut m�me autoris� � y cr�er un orchestre. Une initiative dont on n'imagine pas, du dehors, la difficult�. Plut�t sympa lui aussi, le directeur de la prison de Toul, o� il fut ensuite transf�r�, consent. Mais voici : � L'autre jour, comme j'avais command� des jacks de guitare, le maton de fouille m'a rapport� uniquement des jacks m�les, me disant que les jacks femelles �taient interdits !... Ne jamais chercher � comprendre. �
M. Jean-Marc Rouillan ne raconte pas autre chose. � En prison, les refus tournent en boucle. "Impossible pour raison de s�curit�." La couette, autoris�e partout ailleurs, ici : "Impossible pour raison de s�curit�." Les barres parall�les dans la cour : "Impossible pour raison de s�curit�". �
Sept ans d'isolement total
En janvier 1989 et juin 1994, au terme de plusieurs proc�s �maill�s d'incidents, Jean-Marc Rouillan, Nathalie M�nigon, Jo�lle Aubron et Georges Cipriani, les quatre dirigeants dits � historiques � de la branche fran�aise du groupe terroriste Action directe, �taient d�finitivement condamn�s � la r�clusion criminelle � perp�tuit�, assortie pour chacun d'eux d'une peine de s�ret� de dix-huit ans. Condamn�s par la cour d'assises de Paris � sp�cialement compos�e � de sept magistrats professionnels. Chefs d'inculpation : l'assassinat du PDG de la R�gie Renault Georges Besse (novembre 1986), du g�n�ral Ren� Audran, directeur des relations internationales du minist�re de la d�fense (janvier 1985), tentatives d'assassinat sur les personnes du contr�leur g�n�ral des arm�es Henri Blandin (juin 1985) et du vice-pr�sident du Conseil national du patronat fran�ais (CNPF) Guy Brana (avril 1986), enfin attentats contre les locaux d'Interpol et ceux de l'Union de l'Europe occidentale (mai 1986).
D�s f�vrier 1987, M. Jean-Marc Rouillan avait �t� plac� au quartier d'isolement (QI) de la prison de Fresnes � la demande des juges Vuilemin et Brugui�re. En mai 1987, il passe au r�gime de � semi-isolement � : seul en cellule, mais � trois en promenade. Mauvaise nouvelle en ao�t : retour � l'isolement total, mesures renforc�es.
Qui d�cide, o�, quand, selon quels crit�res ou suivant quelles directives ? On comprend bien qu'il ne s'agit point ici de justifier ni le crime ni le meurtre, moins encore d'outrager des victimes, mais de se demander o� r�side v�ritablement l'�tat de droit, l'�tat du droit.
De d�cembre 1987 � avril 1988, soit cinq mois durant, M. Rouillan entreprend une premi�re gr�ve de la faim, qui le conduira � l'h�pital - toujours � l'isolement total - et le ram�nera m�caniquement au QI de Fresnes. En juillet 1988, le nouveau ministre de la justice, M. Pierre Arpaillange, affirme devant l'Assembl�e qu'il ne sera pas � un ministre de la torture �. Il annonce la sortie des QI de tous les politiques comme mesure d'urgence. M. Rouillan est plac� en cellule normale. Mais les gardiens manifestent devant sa cellule, et la droite proteste. M. Michel Rocard, premier ministre, c�de. M. Rouillan fera partie d'un groupe de huit d�tenus remis � l'isolement total. En tout et pour tout, il y aura pass� sept ans.
Qu'est-ce que l'isolement ? Une cellule pour soi tout seul, certes pourvue de r�cepteurs de radio et de t�l�vision, et le droit de recevoir les journaux - � condition d'y �tre abonn� - et un courrier �videmment censur�. Parfois un crayon et du papier. Mais surtout l'absence totale d'interlocuteurs autres que ses propres surveillants. � Vous �tes pris dans un marais brumeux, sans limites, sans rep�res, et les jours passent. Beaucoup d'isol�s craquent, souvent se donnent la mort ou perdent la raison comme mon camarade Cipriani. On pense beaucoup. On pense toute la journ�e. Le cerveau ne s'arr�te pas. C'est un voyage int�rieur. Les murs de la cellule deviennent une autre peau. Et la pens�e tourne en rond. Tr�s peu de stimuli dans la journ�e donc, le pass�, le pr�sent, le fantasme, tout se m�lange. Dans une r�flexion ininterrompue, qui tourne en boucle, souvent, malheureusement. C'est pour �a qu'on parle de torture. Les gens ne comprennent pas comment rester immobile sur un tabouret peut �tre qualifi� de torture. C'est une torture. C'est une torture parce qu'on est seul . �
De quoi devenir fou. Et fou, M. Georges Cipriani l'est effectivement devenu en d�tention. � C'�tait un mec fier et propre. Je l'ai revu il y a quelques jours, il est dans un �tat lamentable. Il ne parle plus � personne, il erre, les cheveux et la barbe longs, sale, il a des probl�mes d'incontinence. Il n'a rien � faire en prison dans cet �tat �, raconte un surveillant de la centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin), secr�taire r�gional de la CGT. C'est un � maton � qui parle.
En 1993, M. Cipriani est plac� en h�pital psychiatrique, pour vite r�int�grer son p�nitencier. Depuis, il n'a plus �t� soign�, pas plus que Mme Nathalie M�nigon pour ses probl�mes cardio-vasculaires. C'est aujourd'hui la principale revendication de M. Jean-Marc Rouillan, maintenant qu'il a obtenu des conditions � peu pr�s � normales � de communication avec Mme M�nigon, qu'il a �pous�e en prison : que le cas de M. Georges Cipriani soit correctement pris en charge sur un plan m�dical.
�tait-ce vraiment ce type d'enfermement que voulaient les familles Besse et Audran, victimes d'Action directe ? Est-ce cela qu'exigent en g�n�ral les parties civiles lorsqu'elles demandent r�paration pour la mort d'un proche - comme si d'ailleurs une mort, quelle qu'elle f�t, pouvait �tre � r�par�e � ? N'est-ce que cela qu'une soci�t� civilis�e peut offrir tant aux victimes qu'aux d�linquants : surveiller et punir, dans les pires conditions ?
Le d�sespoir des longues peines
� l'issue des �v�nements de la prison de Fresnes en mai 2001, o� l'on a vu �chouer tant une tentative d'�vasion par h�licopt�re qu'une r�bellion massive de d�tenus, l'actuelle garde des sceaux, Mme Marylise Lebranchu, s'est d�clar�e pr�occup�e par le maillage peut-�tre trop l�che des filets antih�licopt�re. Intervenant sous la pression du syndicat Force ouvri�re des gardiens de prison et l�gitimement sensible aux dol�ances de fonctionnaires dont le r�le, selon ses d�clarations � France-Info durant la m�me p�riode, est celui � d'hommes charg�s de garder d'autres hommes �, elle n'a peut-�tre pas entendu le t�moignage, dos aux cam�ras, d'un des surveillants pris en otage par les deux forcen�s : � On ne peut pas dire que nous avons sympathis�. Non, sympathiser n'est pas le mot. Mais enfin, j'ai compris � leur contact que les "longues peines" ne laissaient � ces gens-l� aucun espoir, et qu'� partir de l� ils �taient susceptibles de commettre des actes d�sesp�r�s. � C'est un � maton �, ex-otage, qui parle. Et qui expose ainsi, mieux que son syndicat, traditionnellement accroch� aux questions s�curitaires, mieux que son ministre d�bord�, la v�ritable probl�matique de l'univers carc�ral : que cherche-t-on ? R�ins�rer, au bout de leur peine, des d�linquants, des criminels, dans le circuit social ?
Dans la plupart des �tablissements p�nitentiaires, o� la seule r�gle qui demeure est de surveiller et punir, c'est le dernier des soucis. D�barrasser, peu importe comment finalement, la soci�t� de ses � d�chets � ? Dans ce cas, c'est gagn�. � Au total, la commission d'enqu�te a pu constater que les conditions de d�tention dans les maisons d'arr�t �taient souvent indignes d'un pays qui se targue de donner des le�ons � l'ext�rieur dans le domaine des droits de l'homme et qui a �t� condamn� � plusieurs reprises par les instances europ�ennes, justement sourcilleuses en ce domaine. � L� encore, et pourtant peu suspect d'id�es progressistes, c'est le S�nat qui parle.
Il y a vingt ans, la peine de mort a �t� abolie en France. Pas le suicide.
(source Edgar Roskis, Le Monde diplomatique)
INTERVIEW DE JEAN-MARC ROUILLAN
Nous publions cette interview qui donne l��tat d�esprit du chef pr�sum� d�Action directe dont les id�es ne sont �videmment pas les n�tres. Il nous semble n�anmoins que les conditions d�incarc�ration dans lesquelles v�g�tent les militants d�Action directe m�ritent d��tre relev�es sinon d�nonc�es.
Apr�s la lib�ration de Maurice Papon, avez-vous esp�r� celle pour raison de sant�, de votre compagne Nathalie M�nigon mais aussi de Georges Cipriani ?
La lib�ration de Maurice Papon pour raison de sant� a confirm� la nature �ternelle de la justice dans ce pays. " Suivant que vous serez puissant au mis�rable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir... " Les magistrats se plient aux raisons humanitaires quand il s'agit d'un criminel de guerre, un grand commis de l'�tat, mais non quand il en va de la vie du petit voleur et du simple d�tenu. Et que dire quand il s'agit d'un prisonnier r�volutionnaire, un opposant ! Cela fait bient�t dix ans que les psychiatres de l'HP de Villejuif ont conclu que la sant� de mon camarade Georges Cipriani �tait incompatible avec sa d�tention. Pourtant il aura fallu que nous fassions (avec Jo�lle Aubron) pr�s de deux mois de gr�ve de la faim en 2001 pour qu'il quitte les cachots de la centrale d'Ensisheim et soit hospitalis�.
Et Nathalie M�nigon ?
Nathalie est, quant � elle, toujours d�tenue, alors qu'elle a d�j� subi deux graves AVC (accident vasculaire c�r�bral) et que les m�decins craignent un troisi�me qui pourrait lui �tre fatal. Elle a pratiquement perdu l'usage du bras et de la jambe gauches.
Quels sont, aujourd'hui, les contacts que vous avez avec elle ?
Des �tablissements ont �t� am�nag�s pour les d�tenus mari�s � Bapaume et � Joux-la-Ville, mais les rapprochements sont toujours exceptionnels. De nombreux couples attendent en vain des ann�es durant. Dans notre cas, Nathalie est dans le Pas-de-Calais et moi dans les Bouches-du-Rh�ne ! Par contre, nous avons la possibilit� de nous t�l�phoner, une demi-heure tous les quinze jours.
Esp�re-t-elle une lib�ration pour raison de sant� ?
Suite � l'affaire Papon, son avocat a engag� une proc�dure identique. Mais nous sommes sans illusions. Dans nos dossiers, les commissions d'application de peine refusent jusqu'� lib�rer les d�tenus ayant accompli leur peine, alors... imaginez l'un des quatre d'Action directe sur qui ils ont cristallis� jusqu'au paroxysme leur haine des combattants r�volutionnaires...
Quelles sont vos conditions de d�tention ?
Depuis ma derni�re gr�ve de la faim, je suis d�tenu dans un �tablissement qui n'est pas marqu� du sceau de l'isolement ou du disciplinaire. Et sauf quelques contr�les et censures particuli�res relevant de ma nature de prisonnier politique, je subis le m�me r�gime que les autres d�tenus.
Comment r�sistez-vous � l'isolement ? Prenez-vous des m�dicaments pour r�duire l'angoisse, pour dormir ?
Je n'ai jamais pris de " petites pilules roses ", cette camisole chimique que deale l'administration p�nitentiaire dans le seul but de faire accepter l'inacceptable et de tenter de r�duire les taux dramatiques d'automutilation et de suicide. Ce trafic l�gal ne fait qu'empirer le d�litement des individus et celui des conditions g�n�rales dans les prisons. Et aggrave la situation de mouroir et de psychiatrisation dans ce qu'il faut appeler aujourd'hui de simples �liminatorium.
Certains en ont besoin pour ne pas craquer...
Je ne condamne pas ceux qui ont besoin de ces soulagements. Ils font ce qu'ils peuvent face � des conditions inhumaines et destructrices. Pour ma part, je crois que je n'en ai jamais eu besoin parce que je sais pourquoi je suis emprisonn� et quel est le sens de mon combat. Malgr� tout, je suis libre, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, une part de moi demeure libre car je n'ai jamais d�sesp�r� de la lutte pour la libert� authentique.
Est-ce que la nuit, il vous arrive encore de r�ver ?
Mes r�ves et mes cauchemars de prisonnier... J'essaie de leur donner forme et de leur tordre le cou dans l'�criture, par exemple dans le roman " Paul des �pinettes " que je viens de publier ou dans celui qui sortira prochainement. L'�criture a �t� un �l�ment de ma r�sistance face � la machine ali�nante du carc�ral. Elle s'est impos�e dans le d�nuement des jours et des nuits. Aujourd'hui elle est en moi, en un flot continu, et elle change ma relation aux matons et aux autres d�tenus. Je suis celui qui t�moigne, non le t�moin de passage, mais celui qui voit et qui vit, qui d�nonce de l'int�rieur la terrible machine � broyer les hommes, la terreur qui doit faire accepter la norme sociale.
Suivez-vous l'actualit� et comment ?
D'abord, il faudrait s'entendre sur ce qu'est l'actualit� et l'information et ce qu'elle n'est pas, mais pour en rester � la propagande du syst�me, � la publicit� et aux faits divers, je peux vous affirmer que nous sommes branch�s " in live ". � Arles par exemple, sur chaque coursive, il y a au moins une t�l� tournant en boucle sur le canal LCI. D�s qu'il se passe quelque chose, nous sommes aussi vite inform�s qu'une r�daction par une d�p�che. Pour les journaux, nous nous payons un bon nombre de quotidiens et d'hebdos, sans doute beaucoup plus que nous pouvons en lire. Vous voyez, nous sommes presque des citoyens, finalement nous sommes tout autant intoxiqu�s par la " Vulgate " et autres cat�chum�nes des bien-pensants.
Un peu plus d'un an apr�s les attentats du 11 septembre, quel regard portez-vous sur le combat de Ben Laden ?
Je sais bien quelle est la confusion r�gnante, mais quand m�me, comment supposer un instant que je puisse �tre proche du combat d'un ancien agent de la CIA, d'un cul b�ni, d'un f�odaliste ? Je d�fends une cause qui, depuis Auguste Blanqui et peut-�tre bien avant lui, a toujours �t� sans dieu ni ma�tre. Je me fous que ce soit moral, le fait que les bandes de suppl�tifs dress�s, nourris et arm�s par les gouvernements occidentaux pour en finir avec les vell�it�s de lib�ration et de progr�s dans le Tiers-monde et dans les cit�s et autres bidonvilles, trahissent aujourd'hui leurs ma�tres et les mordent. Par contre ce que je peux regretter, c'est que pour des foules immenses de mis�reux, une part importante des 90 % de la population mondiale exploit�e et opprim�e par les m�choires de la mondialisation imp�rialiste, ces personnages soient devenus les h�ros des luttes. Qu'ils usurpent ce que doit �tre le v�ritable combat de lib�ration contre la dictature des in�galit�s sociales. Dans ce sens, le syst�me a gagn� deux fois. On mesure � cette fausse alternative entre deux barbaries sanguinaires, le chemin que devront parcourir les r�volutionnaires pour redresser le drapeau des exploit�s. Laguillier/ Besancenot : " Malgr� leur frilosit� de boutique, ils ne seront jamais mes ennemis "
Si vous aviez pu voter aux derni�res pr�sidentielles, le vote r�volutionnaire c'�tait qui ?
Il existe peut-�tre un vote utile, un vote d�fensif, mais il n'y a s�rement aucun vote r�volutionnaire dans une telle situation de non-droit et de mascarade. Aucun. Le vote r�volutionnaire se constitue dans les rassemblements � la base, les r�seaux transnationaux de r�sistance, les actions directes des travailleurs et dans les quartiers, l'opposition consciente, la d�mocratie directe et les sabotages. La mont�e en puissance de la r�sistance des opprim�s est antinomique avec la sinistrose des farces �lectorales ; m�me si pour se sentir moins cons, certains s'y maquillent de rouge vif.
Que repr�sentent � vos yeux Arlette Laguillier et Olivier Besancenot ?
Je sais bien que le sectarisme est le sport national du gauchisme, mais pour moi, tous deux sont des camarades. M�me si je ne suis pas d'accord avec leur marchandage permanent, � la limite de la collaboration, comme avec leur frilosit� de boutique, mais ils ne seront jamais des ennemis pour cela. Le combat pour notre classe se tresse de milliers de pratiques diff�rentes et il y a de la place pour tous les r�volutionnaires sinc�res. Par contre, je reproche � ces t�tes d'affiche le fait de banaliser les mots d'ordre r�volutionnaires avec leurs discours insipides et de d�colorer le v�ritable positionnement de classe dans leur acharnement � se faire reconna�tre vizirs des travailleurs � la place du PC. Beaucoup de r�volutionnaires des ann�es 1970 se sont reconvertis brillamment dans la politique, les affaires ou le journalisme.
Quel regard portez-vous sur eux ?
Je rappellerai cette citation de Brecht, " Quelqu'un qui lutte un jour, c'est tr�s bien, quelqu'un qui lutte un mois, c'est formidable, quelqu'un qui lutte trois ans c'est tr�s rare, mais ceux qui luttent toute leur vie, ceux-l� sont les indispensables ". Ils ont lutt� et ce fut quelquefois formidable mais aujourd'hui, ils sont rentr�s dans le rang et font carri�re. C'est leur probl�me, non le mien. Je remarque toutefois combien ceux qui furent en leur temps les pires dogmatiques de la pens�e gauchiste sont rest�s tout autant dogmatiques, mais aujourd'hui de la vulgate r�actionnaire. Qu'ils appellent aux bombardements am�ricains ou qu'ils se pr�tendent encore de gauche ! Prisons : " Je suis celui qui d�nonce de l'int�rieur la terrible machine � broyer les hommes "
Avec le recul, est-ce qu'il vous arrive de penser que votre destin aurait pu �tre diff�rent ? Sur quoi tout a bascul� dans le choix de l'action violente ? Des regrets ...
Il n'y a point de lutte r�volutionnaire sans violence, je l'ai tr�s vite appris en Mai 68 et durant mes ann�es de lutte contre la dictature franquiste. � ces heures d'incendie, nous reprenions � notre compte la sentence de Malcolm X, " celui qui refuse la violence peut rayer le mot r�volution de son vocabulaire ". Soit on est cons�quent, soit on se compla�t dans la mascarade. Il n'existe que peu d'alternatives cr�dibles. Pour ma part, j'ai toujours essay� de rester fid�le � notre engagement, dans les moments o� nous �tions des dizaines de milliers ou lorsque nous n'�tions plus que quelques centaines. Et je crois que je n'ai aucun regret personnel parce que j'ai pr�serv� cette fid�lit� et l'honn�tet� qui lui correspond. Je le paye de deux d�cennies de prison peut-�tre... mais je n'�tais pas fait pour la trahison et la collaboration. Et je crois que je l'ai toujours su, depuis la premi�re barricade � l'angle de la rue des Lois, � Toulouse, et les premi�res rencontres avec les anciens gu�rilleros anti-franquistes. La prison, la mort... la mort, la prison... j'irai jusqu'au bout, je ferai ma part du chemin. " Le pouvoir ne nous sortira de prison que si l'on abjure. ".
Vous �tes condamn� � perp�tuit� mais votre peine incompressible arrive � terme en 2007. Si vous deviez sortir est-ce que le combat continuerait et sous quelle forme ?
Chaque jour de prison est un combat. Notre lib�ration sera un combat tout aussi s�rement. Le pouvoir ne nous sortira de prison que si l'on abjure. Pour donner un seul exemple, voici quelques mois, la juge d'application des peines de la Centrale de Moulins a refus� la remise en libert� d'un camarade au pr�texte qu'il �tait toujours solidaire de la lutte du peuple palestinien ! Depuis 16 ans, notre d�tention a �t� con�ue pour nous briser politiquement, psychiquement et physiquement. S'ils n'y parviennent pas - et ils n'y parviendront pas - j'ai bien peur que nous subissions la perp�tuit� r�elle.
(source la D�p�che du midi 13 novembre 2002)
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