Ben Laden, le prot�g� du pr�sident pakistanais Musharraf ?
Fin 2001, un accord aurait �t� conclu entre Washington et Islamabad pour ne pas arr�ter Oussama Ben Laden. Raison invoqu�e : la capture du chef d'Al Qaida aurait d�stabilis� le pays. Aujourd�hui les �tats-Unis s�en mordent les doigts si on en croit The Guardian.
D�but mars 2003, des agents de renseignements fouillant la zone d�sertique de l'ouest du Pakistan pensaient avoir enfin trouv� l'homme le plus recherch� au monde. Un convoi avait �t� rep�r� sur l'un des chemins de contrebandiers les plus recul�s, qui relie le sud de l'Afghanistan � l'Iran via les dunes de sable du Baloutchistan pakistanais.
Les renseignements am�ricains avaient �t� inform�s qu'Oussama Ben Laden se trouvait dans le groupe. Ils avaient, semble-t-il, des raisons d'�tre optimistes. Cinq jours plus t�t, des officiers pakistanais avaient effectu� une avanc�e majeure dans la traque de Ben Laden et de ses adjoints : lors d'un raid nocturne, ils avaient arr�t� un Pakistanais d'origine kowe�tienne, Khalid Sheikh Mohammad, consid�r� comme le num�ro trois d'Al Qaida et d�crit par les autorit�s radieuses d'Islamabad comme un "�l�ment central du r�seau".
L'homme avait �t� localis� � Quetta, la capitale de la province du Baloutchistan, � la suite d'un appel qu'il avait pass� par t�l�phone satellite et qui avait �t� intercept� par la surveillance �lectronique de l'arm�e am�ricaine. Les enqu�teurs avaient alors concentr� leurs recherches sur les zones quasi d�sertiques du pays et, en quelques jours, ils avaient rep�r� le convoi. Une op�ration d'envergure avait �t� aussit�t mont�e par les arm�es pakistanaise et am�ricaine. Puis un journaliste pakistanais avait annonc� la nouvelle sensationnelle de l'arrestation de Ben Laden, qui avait �t� d�mentie quelques heures apr�s.
Plusieurs sources affirment aujourd'hui que l'information des services de renseignements �tait fausse : Ben Laden ne s'�tait jamais trouv� dans le convoi. "C'�tait juste un �chec de plus", note Hamid Mir, un journaliste pakistanais qui a men� une �tude approfondie sur son r�seau. "L'action des services de renseignements vis-�-vis d'Al Qaida est un fiasco total. Les membres du r�seau sont si motiv�s qu'il est extr�mement difficile de l'infiltrer." C'est l'une des raisons pour lesquelles, deux ans apr�s les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden n'a toujours pas �t� retrouv�.
Mais ce n'est pas la seule, si l'on en croit une enqu�te du Guardian . Selon des experts qui ont suivi les op�rations pakistanaises et am�ricaines pour retrouver le chef d'Al Qaida, le pr�sident pakistanais, Pervez Musharraf, se serait entendu avec les �tats-Unis pour ne pas s'emparer de Ben Laden au lendemain de la guerre en Afghanistan de crainte que des troubles n'�clatent dans son propre pays.
Pour les Am�ricains, l'�chec de l'op�ration de mars a �t� un coup dur � un autre �gard : alors que l'�lection pr�sidentielle approche et que l'autre grand projet militaire de Washington - l'Irak - suscite de plus en plus d'inqui�tudes, George Bush a plus que jamais besoin de l'appui politique que lui assurerait la capture de Ben Laden.
Selon Mansoor Ijaz, un financier qui a pass� des ann�es � �tudier les faits et gestes du chef d'Al Qaida, Ben Laden a d�j� quitt� les montagnes et pass� les six ou sept derniers mois � reconstruire son r�seau. Dans le cercle �troit des sp�cialistes du terrorisme international, cet Am�ricain d'origine pakistanaise conna�t le r�seau Al Qaida mieux que quiconque.
Pour M. Ijaz, la fuite hors des montagnes de Tora Bora a s�rieusement perturb� l'acc�s d'Al Qaida aux t�l�phones satellite, � la radio et � Internet. "Les communications ayant �t� interrompues, il leur a fallu du temps pour se regrouper" , a-t-il d�clar� dans une interview. Selon lui, Ben Laden se cache dans le nord des Zones tribales, quelque part sur la longue ceinture form�e par les r�gions qui bordent les cha�nes de montagnes marquant la fronti�re pakistanaise avec l'Afghanistan.
Apr�s un r�cent s�jour au Pakistan, M. Ijaz est convaincu que Ben Laden est prot�g� par une zone de s�curit� de 180 kilom�tres de diam�tre, form�e de trois cercles concentriques dans lesquels les membres des tribus ont pour mission de rendre compte de toute approche des troupes pakistanaises ou des forces sp�ciales am�ricaines.
Dans le plus petit des cercles, de 18 kilom�tres de diam�tre, ce sont les "anciens" qui sont charg�s de signaler toute pr�sence suspecte dans les cercles ext�rieurs. Au centre se trouve Ben Laden lui-m�me, prot�g� par un ou deux parents proches ou conseillers. Le chef d'Al Qaida a convenu avec les "anciens" de ne pas utiliser de moyens de communication �lectroniques et de ne se d�placer que la nuit et dans un rayon limit�.
Les autorit�s pakistanaises disent d�tenir tr�s peu d'informations sur Ben Laden. Selon elles, la plupart des rapports sur ses d�placements sont tout simplement erron�s. "Certains �tablissent sa pr�sence de l'autre c�t� de la fronti�re, en Afghanistan, d'autres dans la r�gion frontali�re" , a indiqu� Faisal Saleh Hayat, le ministre de l'Int�rieur, dans une interview. "Mais ils sont loin d'�tre tous cr�dibles.
Si c'�tait le cas, nous aurions �t� en mesure de nous rapprocher de lui. Mais nous n'en poursuivons pas moins une traque acharn�e." Selon lui, le caract�re sp�cifique des Zones tribales rend pratiquement impossible la capture d'un homme qui s'y cache : les communaut�s locales [pachtounes] s'administrent elles-m�mes et sont soumises � un code d'honneur qu'elles font respecter gr�ce � d'importants d�p�ts d'armes.
Toutefois, au dire de certains, les autorit�s pakistanaises auraient �t� conscientes de la difficult� de la t�che d�s le d�but, et, si en public elles se disaient d�termin�es � poursuivre Ben Laden, en priv� elles suivaient une strat�gie diff�rente. M. Ijaz est de ceux qui pensent qu'un accord a �t� conclu entre le g�n�ral Musharraf et les autorit�s am�ricaines peu apr�s la fuite de Ben Laden des montagnes de Tora Bora.
Les Pakistanais craignaient, selon lui, que sa capture ou son assassinat au lendemain d'une guerre aussi impopulaire que celle de l'Afghanistan ne d�clenchent des troubles dans leur pays ainsi qu'une vague d'attentats contre des cibles occidentales dans le monde entier. "Ils pensaient que l'effet de d�stabilisation serait plus fort � plus long terme, dit-il. Et qu'ils pourraient toujours attraper Ben Laden � une date ult�rieure, plus appropri�e." Si les Am�ricains se sont rang�s � cet avis, c'est, entre autres, du fait de l'imminence de la guerre en Irak. Les mois qui ont suivi ont �t� consacr�s moins � la capture de l'homme lui-m�me qu'au d�mant�lement du "syst�me de repr�sailles" de son r�seau.
C'est ainsi que le g�n�ral Musharraf a �t� amen� � pr�senter des rapports contradictoires sur le sort de Ben Laden tandis que le gouvernement am�ricain �vitait de prononcer son nom. Alors qu'en janvier 2002 le pr�sident pakistanais d�clarait que Ben Laden �tait probablement mort, un an plus tard, il affirmait qu'il �tait toujours en vie et qu'il avait trouv� refuge soit en Afghanistan soit dans les Zones tribales, au Pakistan.
Les diplomates occidentaux ne mettent cependant pas en doute les efforts des autorit�s pakistanaises pour capturer Ben Laden, m�me s'ils admettent que, tr�s souvent, les comptes rendus officiels sur le lieu et la date des arrestations ne correspondent pas � la r�alit�. Depuis la fuite de Tora Bora, il y a eu une s�rie d'arrestations de premier plan. "Leur hostilit� au r�seau Al Qaida ne fait aucun doute", note Talat Masood, ancien g�n�ral pakistanais et sp�cialiste des questions de s�curit�. "Je pense que les Am�ricains s'en remettent beaucoup plus � eux aujourd'hui." "Nous sommes tout � fait capables d'arr�ter des responsables de haut niveau , confirme M. Hayat. Nous avons men� � bien des op�rations dans tout le pays, ce qui nous a permis d'arr�ter et de neutraliser des gens qui les aidaient, ceux qui organisaient les activit�s du r�seau, les finan�aient."
� l'avenir, la principale t�che des Pakistanais et des Am�ricains sera d'amadouer les puissants chefs des Zones tribales qui abritent Ben Laden. Le probl�me est que, plus la traque sera longue, plus les survivants du r�seau se sentiront forts. "Avec ce qu'il reste du syst�me de repr�sailles, le martyre de Ben Laden ne repr�sente pas la m�me menace qu'il y a un an", observe M. Ijaz. Cependant, si l'on ne parvenait pas � lui mettre la main dessus, cela reviendrait, selon lui, � regarder une tumeur canc�reuse prolif�rer dangereusement apr�s avoir �t� provisoirement stopp�e par un traitement. "C'est pourquoi , conclut-il, le Pakistan doit mettre fin � cette mascarade et attraper Ben Laden."
(source The Guardian, Rory McCarthy, trad. CI)
Ben Laden reste le chef d�Al-Qaida
Selon Newsweek , Ben Laden a organis� une r�union au sommet avec des leaders islamistes en avril dernier dans une r�gion recul�e de la province afghane du Kunar. Il aurait alors nomm� un certain Saif al-Adil chef des op�rations en Irak, o� il serait charg� d'organiser de nouvelles activit�s antiam�ricaines.
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