Ouvrir dans une nouvelle fen�tre Affaire Cantat : cris et d�chirements
Sep 11, 2003

Le message pr�monitoire de Marie � sa m�re


La m�re de Marie Trintignant a r�v�l� hier aux policiers qu'un message t�l�phonique �crit lui avait �t� envoy�, avant le drame, par sa fille. Dans ce SMS figurent un vers de Baudelaire et cette signature pr�monitoire : � Ta fi-fille battue �.


�Sois sage, � ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. � Sign� : � Ta fi-fille battue �. Quelques mots �crits sur un message t�l�phonique SMS, et voil� le myst�re de l'affaire Marie Trintignant qui s'�paissit. Ce vers de Baudelaire et cette signature, envoy�s par l'actrice peu avant sa mort, �taient conserv�s depuis deux mois dans la m�moire du t�l�phone portable de sa m�re Nadine Trintignant. Hier matin, la r�alisatrice du t�l�film � Colette � a �t� entendue pour la deuxi�me fois par la brigade criminelle au 36, quai des Orf�vres � Paris. Sur proc�s-verbal, Nadine Trintignant a r�affirm� aux policiers qu'elle soup�onnait le chanteur Bertrand Cantat d'avoir des ant�c�dents de violences conjugales. Ce qu'elle avait d�j� fait devant lui, le 31 juillet � Vilnius, lors de sa premi�re comparution devant la justice lituanienne.

� Extr�mement troublant �

Mais, cette fois, la cin�aste a apport� un �l�ment nouveau au dossier : un myst�rieux texto qui lui avait �t� envoy� par Marie au milieu du mois de juillet, soit deux semaines avant le drame du Domina Plaza.

Un SMS compos� du premier vers d'une po�sie des � Fleurs du mal �, de Baudelaire, et sign� � ta fi-fille battue �, expression lourde de sens s'il en est. La date, l'heure et le num�ro de l'exp�diteur auraient �t� authentifi�s d�s hier par la police judiciaire. Seulement voil� : nul ne sait si Marie Trintignant faisait r�f�rence � la fiction, c'est-�-dire au film qu'elle tournait � Vilnius, ou � la r�alit�.

Autrement dit � sa tumultueuse relation amoureuse avec le chanteur de Noir D�sir. Sur le moment, Nadine Trintignant n'avait pas pr�t� grande attention � la formulation du message de sa fille. Car, d'apr�s ses d�clarations devant la PJ, la r�alisatrice pensait que Marie voulait �voquer - par le terme � battue � - une sc�ne de dispute figurant dans le t�l�film � Colette �, dont elle avait cosign� le sc�nario pour France 2.

Mais, ajout� � la formule finale, le choix de la citation de Baudelaire, tir�e d'un po�me aux accents de d�sespoir prend comme un sens pr�monitoire aujourd'hui. � C'est vrai que ce message posthume est extr�mement troublant, avouait hier une source proche du dossier. Le probl�me est que Marie Trintignant et elle seule savait ce qu'elle voulait dire en employant ces termes.

On ne saura sans doute jamais. � L'autre probl�me est qu'en l'�tat des investigations rien ne permet d'affirmer que Cantat s'est montr� violent avec les femmes avant le drame. Ni avec ses ex-petites amies. Ni avec la m�re de ses enfants, Kristina Rady. Ni avec Marie Trintignant. Aucun t�moignage ou indice, tant dans l'�quipe de tournage que parmi l'entourage des deux parties, n'est venu accr�diter cette th�se avanc�e depuis le d�but par Nadine Trintignant. Seules les d�clarations d'Agn�s, la maquilleuse de plateau, constituent un d�but de piste en ce sens.

Cette jeune femme a affirm� devant les enqu�teurs que Kristina Rady lui aurait confi�, le lundi 28 juillet, jour de son arriv�e � Vilnius, avoir �t� battue une fois par Bertrand Cantat. Or, dans son interview diffus�e lundi soir sur Canal +, l'ex-compagne du chanteur a d�menti en bloc, n'�voquant que des � violences verbales �.

� �a fait beaucoup d'histoires de SMS �

Une version � laquelle Kristina s'est tenu lundi dans les locaux de la brigade criminelle lors de sa deuxi�me audition en tant que t�moin. Cette femme d'origine hongroise, qui a partag� la vie de Cantat pendant dix ans, a simplement confirm� que son ex-compagnon l'avait appel� quelques heures avant le drame pour lui demander de ne plus lui t�l�phoner. Mais d'utiliser uniquement des SMS.

� �a fait beaucoup d'histoires de SMS dans cette affaire �, constate un acteur du dossier, en r�f�rence au fameux texto de Samuel Bench�trit, l'ex-�poux de Marie, qui aurait provoqu� la col�re de Bertrand Cantat. Quant � savoir quand le leader de Noir D�sir sera jug� � Vilnius, c'est toujours l'incertitude. Pour boucler son dossier, le parquet lituanien n'attend plus qu'une expertise compl�mentaire demand�e au professeur Dominique Lecomte, directrice de l'Institut m�dico-l�gal de Paris. Celle-ci doit se pencher sur la compatibilit� entre la version de Cantat (quatre gifles tr�s violentes) et les blessures constat�es sur sa victime, � la lumi�re des comptes rendus des deux op�rations neurochirurgicales subies par l'actrice � l'h�pital de Vilnius.

D'apr�s nos informations, ces documents sont toujours en cours de traduction, mais pas encore entre les mains des experts m�dicaux. Et il faudra, dit-on, � au moins trois mois � pour que la juge d'instruction fran�aise, Nathalie Turquey, ait ce rapport d'expertise sur son bureau. On ignorait hier si la justice lituanienne attendra cette pi�ce pour renvoyer Cantat devant un tribunal criminel, ou si, comme annonc�, elle compte toujours le juger dans les prochaines semaines.

� Recueillement �, un po�me tr�s noir


La citation choisie par Marie Trintignant dans son message SMS est tir�e du recueil de po�sie � les Fleurs du mal � de Charles Baudelaire (1821-1867). Il s'agit du premier vers de � Recueillement �, un po�me tr�s sombre dont voici l'int�gralit� : Sois sage, � ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu r�clamais le soir ; il descend ; le voici :

Une atmosph�re obscure enveloppe la ville, Aux uns portant la paix, aux autres le souci. Pendant que des mortels la multitude vile, Sous le fouet du plaisir, ce bourreau sans merci, Va cueillir des remords dans la f�te servile, Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici, Loin d'eux. Vois se pencher les d�funtes ann�es, Sur les balcons du ciel, en robes surann�es ; Surgir du fond des eaux le regret souriant ; Le soleil moribond s'endormir sous une arche, Et, comme un long linceul tra�nant � l'orient, Entends, ma ch�re, entends la douce nuit qui marche.



Noir D�sir l�che la famille Cantat


L'id�e d�organiser une soir�e de soutien � Bertrand Cantat, vendredi soir � Vilnius, n'est pas du go�t de tout le monde. Pas du go�t de la famille Trintignant, dont l'avocat avait cri� au scandale d�s lundi dans nos colonnes. Pas du go�t, non plus, du reste du groupe Noir D�sir. Dans un communiqu�, Serge Teyssot-Gay, Denis Barthe et Jean-Paul Roy ont estim� hier que cette initiative allait � tout � fait � l'encontre de la d�marche des membres du groupe, qui tiennent � ce que le respect et la dignit� soient observ�s par tous et dans tous les cas �. Cette r�ception tenue au Paris, un caf� fran�ais du centre-ville, avait �t� organis�e � par des personnes qui n'ont aucun lien avec eux �, pr�cisent encore les trois musiciens bordelais.

Fa�on de se d�marquer des parents et de la s�ur du chanteur, qui s'�taient publiquement affich�s � cette soir�e, dont l'id�e viendrait du milieu des expatri�s fran�ais de Vilnius. Fa�on aussi de r�pondre � Bertrand Cantat qui, d'apr�s la presse locale, se serait dit � tr�s content d'entendre parler de cette f�te �, tout en demandant aussi aux convives de � rendre hommage � Marie Trintignant �. Pendant une partie de la nuit, des gens ont donc dans� (entre autres) sur la musique de Noir D�sir, alors que le film � Betty � de Claude Chabrol �tait diffus� sur grand �cran, avec Marie Trintignant dans le r�le d'une bourgeoise alcoolique.

La position tr�s claire de Noir D�sir sur cette � soir�e � n'est finalement pas tr�s �loign�e de celle de M e Georges Kiejman. L'avocat des Trintignant s'�tait aussit�t �lev� contre le caract�re � franchement ind�cent � d'une initiative jug�e � proprement scandaleuse � par la famille de la victime. Quant � l'avocat de Bertrand Cantat, M e Olivier Metzner, visiblement g�n� aux entournures, il n'a toujours pas fait de commentaire sur ce point. Par contre, cette affaire dans l'affaire a d�j� fait une victime : le gendarme affect� � la s�curit� de l'ambassade de France, charg� d'assurer l'ambiance musicale vendredi sous le nom de DJ Reggie.

C'est lui qui a pass� des morceaux de Noir D�sir pendant la � f�te �... et qui s'est depuis fait remonter les bretelles en beaut� par sa hi�rarchie. � L'histoire, c'est qu'il fait souvent le DJ pour les soir�es au centre culturel fran�ais, dont ce caf� est locataire, explique un diplomate. �a a chauff� pour lui, mais �a n'ira sans doute pas plus loin. �

(source Le Parisien, St�phane Bouchet)

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