En 1999, le directeur du centre de Simon Wiesenthal � J�rusalem, Ephraim Zuroff �crivait une lettre au ministre des affaires �trang�res de Croatie, Granic, en visite en Isra�l, pour le remercier de ce que Zagreb ait demand� � l�Argentine, l'extradition de l'ancien commandant Dinko Sakic, directeur de camp de concentration de Jasenovac. Zuroff exprimait l'espoir que la visite de Granic vers Isra�l contribuerait au d�veloppement des relations bilat�rales entre la Croatie et l'Isra�l et am�liorerait les relations entre Croates et Juifs. Mais Zuroff soulignait d�j� que Sakic n'�tait pas le seul criminel de guerre croate qui n�ait pas �t� puni pour ses crimes. Zuroff demandait en cons�quence � Granic de montrer sa bonne foi en coop�rant avec la recherche d�autres criminels oustachis. Il �crivait d�j� que la premi�re �tape dans cette direction serait l'arrestation de l'ancien oustachi Ivo Rojnica, qui pr�tendait habiter Zagreb.
Granic avait r�pondu en affirmant que la nouvelle demande de Zuroff serait prise en compte. La relance du Centre Wiesenthal d�montre qu�il n�en a rien �t�.
Le centre Simon Wiesenthal continuait sur la voie qu�il s��tait trac� pour obtenir l�extradition de Rojnica. Il prenait contact avec les autorit�s argentines qui d�fendaient alors les criminels de guerre. Le 12 juin 2003, le Centre s�en prenait au secr�taire argentin � la culture, Torcuato di Tella, qui avait os� mettre en cause la culpabilit� des criminels de guerre croates Ivo Rojnica et Nada Sakic. Di Tella avait ainsi agi car les deux hommes �taient des notables argentins connus. L�Argentine a, par ailleurs toujours montr� une coupable complaisance envers les Nazis. Peron, le dictateur populiste, se disait sympathisant de la cause hitl�rienne. Durant la sale guerre men�e par les militaires contre les opposants de 1970 aux ann�es 80, beaucoup de militaires tortionnaires se revendiquaient de l�hitl�risme et affichaient un antis�mitisme sans concession.
Dans une lettre �crite au parlementaire am�ricain, Maurice Hinchey (New-York), Di Tella avaient d�nonc� les � basses accusations � lanc�es par le centre Simon Wiesenthal � propos de crimes contre l�humanit� commis par Rojnica et Sakic. Durant une r�union avec Di Tella today � Buenos Aires, Fernando Sokolowicz ( pr�sident de la branche latino-am�ricanie de la SWC) et Sergio Widder (repr�sentant latino-am�ricain) pr�sentaient � Di Tella une s�rie de documents d�montrant les activit�s criminelles de Sakic et de Rojnica durant la Seconde mondiale et qui avaient �t� � l�origine de l�extradition de Nada Sakic en 1998.
Les documents prouvaient qu�Ivo Rojnica �tait le commandant oustachi de Dubrovnik sud et �tait responsable � ce titre de l�assassinat de Serbes, Juifs et Tziganes.
Le SWC condamnait la d�fense de ces deux criminels par Torcuato Di Tella et mettait l�accent sur l�ambigu�t� du gouvernement argentin. Le propre fr�re de Di Tella, en poste au minist�re des affaires �trang�res, avait en effet promis d�ouvrir les archives argentines relatives � l�arriv�e des Nazis dans le pays apr�s la guerre.
Le centre Simon Wiesenthal a donc demand� fin juillet 2003 � la Croatie d'ouvrir une enqu�te officielle sur Ivo Rojnica afin d�obtenir l�extradition de cet homme n� en 1915 en Croatie et haut dignitaire oustachi preuve que ses pr�c�dentes demandes avaient �t� � oubli�es � par un pays qui n�aime pas qu�on lui rappelle le pass� oustachi. Le centre Wiesenthal a �crit une lettre au pr�sident croate, Stipe Mesic, pour lui demander d'intervenir aupr�s des "autorit�s judiciaires (croates) afin d'enqu�ter sur les activit�s d'Ivo Rojnica et prendre les mesures n�cessaires pour le traduire devant la justice", selon un communiqu� de la pr�sidence croate. Ivo Rojnica �tait un dirigeant du r�gime croate oustachi pro-nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le centre Wiesenthal l'accuse d'avoir �t� impliqu� � cette �poque dans la pers�cution de Serbes, de Juifs et de Tziganes, dans la r�gion de Dubrovnik (sud). Le 25 juin 1941, par exemple, il signait un d�cret ordonnant l�arrestation et la d�portation des Juifs et des Serbes et interdisant la circulation des Juifs sur le territoire. Nada Sakic �tait gardien dans le camp de Sara Gradiska et �tait r�put� pour sa f�rocit� envers les d�tenus. � la fin de la guerre, Rojnica s'est enfui en Argentine o� il a obtenu la nationalit�, pour devenir ensuite un leader de la communaut� croate vivant en Argentine. Apr�s la proclamation de l'ind�pendance de la Croatie en 1991, lors du d�mant�lement de l'ex-Yougoslavie, le r�gime de l'ex-pr�sident nationaliste, Franjo Tudjman, avait d�cid� de nommer Ivo Rojnica au poste d'ambassadeur en Argentine. Cette d�cision a �t� abandonn�e suite aux pressions de la communaut� internationale.
La communaut� juive de Croatie compte aujourd'hui 576 personnes sur une population totale de 4,4 millions, selon le dernier recensement officiel (2001). Toutefois les responsables juifs estiment leur nombre � environ 2.500. Le pr�sident croate avait visit� Isra�l en octobre 2001, ouvrant un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays, refroidies � l'�poque de Franjo Tudjman, en raison de la n�gation par ce dernier du r�le de la Croatie dans l'extermination de milliers de juifs.
� la mi-juillet, le pr�sident isra�lien, Mosh� Katsav, a visit� la Croatie et s'est rendu notamment sur le site d'un camp de concentration surnomm� l'Auschwitz croate, pour rendre hommage aux dizaines de milliers de victimes qui ont p�ri ici pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, au total 75% des quelque 40.000 Juifs vivant alors en Croatie ont �t� tu�s par le r�gime oustachi. En 1999, Zagreb a obtenu l'extradition de Dinko Sakic, commandant d'un camp de concentration en Croatie pendant la Seconde guerre mondiale, qui vivait �galement en Argentine. La justice croate l'a condamn� � 20 ans de prison.
En mars 1999, la Croatie jugeait en effet ce citoyen argentin, pour crimes contre l'humanit�. Dinko Sakic, ayant fui l'Europe avec d'autres nazis, avait pu s'installer aux portes de la pampa, et obtenir imm�diatement la nationalit� argentine. Comme ses complices en g�nocide accueillis par le g�n�ral Peron que ses inclinations pour le fascisme mussolinien d�signaient comme h�te oblig�.
Nombre d'entre eux �taient entr�s en Argentine couverts de la bure monacale et dot�s d'un passeport d�livr� par la Croix-Rouge internationale. Les �v�ques Alois Hudal et Giuseppe Siri, mandat�s par leur hi�rarchie, avaient facilit� t la fuite des monstres, l'�glise croate jouant les passeurs comme l��glise romaine l�a fait pour les SS.
La plupart des 80 000 ex-nazis reposent en terre argentine ou paraguayenne, fleuris par leurs descendants, honor�s par leurs concitoyens. Ainsi, Ivo Rojnica, dont il est aujourd�hui question, est arriv� dans les bagages du chef oustachi Ante Pavelic. Il a pressenti pour occuper le poste d'ambassadeur � Buenos Aires du nouvel �tat croate n� de la dislocation de la f�d�ration yougoslave. Les forts soup�ons �mis par le centre Simon-Wiesenthal quant � sa possible participation � la solution finale avaient fait avorter le projet.
Dinko Sakic, l�ami de Ivo Rojnica, n�a jamais reni� jamais ses origines. D�s l'ind�pendance de la Croatie proclam�e, en 1992, il a recueilli des fonds de guerre aupr�s des communaut�s croates d'Am�rique du Sud. En 1994, il a rencontr�, � l'ambassade � Buenos Aires, le pr�sident croate Fanjo Tudjman dont le pass� est pour le moins trouble. " Trahi " par la cha�ne de t�l�vision Canal 13, le 6 avril dernier, le bourreau de Jasenovac sera d�tenu puis extrad� vers la Croatie le 18 juin . Son �pouse Dana, qui s�appelle en Argentine Esperanza, sera, elle, renvoy�e � Zagreb le 2 novembre 1994.
Le Centre a la r�putation de ne pas l�cher les criminels sur lesquels il a jet� son d�volu. Rojnica a toutes les chances de finir sa vie en prison tout comme son ami Sakic. Et ce sera que justice pour les centaines de milliers de Serbes, de Juifs et de Tsiganes supplici�s au nom de l��glise catholique et de la race sup�rieure.
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