L�offensive am�ricaine en Afrique : imposer le lib�ralisme pour gagner de nouveaux march�s
Jul 16, 2003
Auteur: L'investigateur

Le voyage de George Bush en Afrique est celui d�un voyageur de commerce. Comme au lendemain de la seconde guerre mondiale, les services secrets am�ricains ont parfois jou� le mouvement de lib�ration nationale contre les anciennes puissances coloniales. On a ainsi vu l�OSS, anc�tre de la CIA, conseiller Ho Chi Minh contre la France. On a vu les �tats-Unis aider la naissance d�Isra�l contre la Grande Bretagne. Plus r�cemment, Kabila n�a du sa victoire qu�� l�alliance des Tutsis, de leurs cousins d�Ouganda contre Mobutu, le vieux tyran congolais et contre les Hutus, soutenus par la France. Les �tats-Unis reprochent � la � vieille Europe � d�avoir continu� le colonialisme par des moyens d�tourn�s. Les Am�ricains, tout dans leur simplisme, qui parfois g�n�re de la barbarie et parfois de la d�mocratie, pensent que leur syst�me est le meilleur au monde. Il est bas� sur une sorte de darwinisme �conomique : seuls les meilleurs ont droit � la vie. C�est simpliste et souvent catastrophique. C�est en tous les cas peu respectueux des diversit�s du vivant. Les Am�ricains ont pour eux les qualit�s de leurs d�fauts. Ils foncent et mettent les moyens de leurs d�sirs quand les vieilles puissances ergotent, tergiversent et en d�finitive �chouent. Le probl�me est qu�aucun mod�le aujourd�hui ne peut pr�tendre �tre une r�ponse aux d�fis de plus en plus complexes de l�humanit�. Face au besoin de consommation, les vieilles soci�t�s tribales sont condamn�es. Qui, d�ailleurs, peut pr�tendre qu�elles furent porteuses de justice, elles qui misaient tout sur la soumission des plus faibles, l�exploitation des femmes et souvent l�esclavage institutionnalis�. Le syst�me des anciennes puissances coloniales ? Il a abouti au pillage de l�Afrique au profit de consortiums parfois �tatiques comme Elf parfois priv�s. Le syst�me am�ricain a au moins l�honn�tet� de dire ce qu�il veut : les Am�ricains ont l�intention de faire jouer la concurrence en tout et, si possible, de s�imposer. Il faut ajouter si possible et pr�ciser qu�aujourd�hui l�interp�n�tration des int�r�ts supranationaux ne permet pas d��crire que l��conomie appartiendrait � telle ou telle nation. Il est ind�niable que le rouleau compresseur lib�ral d�truit des cultures, des civilisations tout comme les conquistadores des empires espagnols ou portugais ont achev� les civilisations finissantes de l�Am�rique indienne. La v�rit� est que le monde est en marche et que ne pas s�adapter c�est mourir sauf � cr�er des r�serves pour dinosaures humains. La v�ritable question n�est donc pas la disparition ou la non-disparition de telle forme de culture mais pourquoi et comment ? Les conditions de ces mutations se feront-elles dans la douleur et le drame ou doucement dans la r�forme et l��volution naturelle ? On ne peut qu�esp�rer la deuxi�me hypoth�se en sachant que si celle-ci ne fonctionne pas pour des raisons internes � chaque culture minoritaire, il s�en suivra des drames et de la douleur. En t�moignent les Balkans, les pays du Moyen-Orient etc. Nous reproduisons ci-dessous le credo am�ricain d�crit par un ministre. Non par adh�sion � ces id�es mais parce qu�il est int�ressant de les conna�tre pour s�en accommoder ou pour mieux les combattre.

Voici donc la pens�e du repr�sentant des �tats-Unis pour le commerce ext�rieur, M. Robert Zoellick, qui a paru le 10 juillet dans le quotidien "The Wall Street Journal".

Notre credo : le libre-�change et la concurrence


Au d�but de septembre, les repr�sentants de 146 pays qui sont membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) se r�uniront � Cancun pour d�cider de l'orientation des n�gociations commerciales internationales. � l'heure actuelle, il semble que cette r�union mettra plus en �vidence des divergences que des points communs. Un observateur, le professeur Jagdish Bahagwati, de l'universit� Columbia, qui est �galement membre du "Council on Foreign Relations" (Conseil des relations ext�rieures), a �crit dans le "Wall Street Journal", la semaine derni�re, que les �tats-Unis devraient faire face � ce risque en renon�ant � leurs autres efforts de lib�ralisation du commerce. Cette ligne d'action aurait pour effet d'affaiblir notre position au sein de l'OMC et de nous faire perdre les avantages de la lib�ralisation du commerce sur de multiples fronts.

Le regain d'effort du gouvernement Bush en faveur du libre-�change - dans le monde entier, dans des zones g�ographiques particuli�res et dans certains pays - a suscit� un �lan qui renforce l'influence des �tats-Unis. Il est un peu surprenant de voir critiquer notre gouvernement parce qu'il n�gocie un trop grand nombre d'accords internationaux tendant � favoriser la croissance �conomique, le d�veloppement et l'�tat de droit.

La strat�gie du pr�sident a d�j� donn� des r�sultats. Le Congr�s a de nouveau renforc� les pouvoirs de l'ex�cutif en mati�re de n�gociations commerciales, apr�s une interruption de 8 ans, ce qui montre un engagement, de la part des parlementaires r�publicains et d�mocrates, en faveur des nouvelles n�gociations commerciales mondiales. � la m�me �poque, les �tats-Unis ont contribu� � l'ouverture de ces n�gociations � Doha en 2001, mettant ainsi fin � la d�b�cle de Seattle. Enfin, nous avons facilit� l'adh�sion � l'OMC de la Chine et de Ta�wan, qui a pris plus de 15 ans, et ouvert ainsi des d�bouch�s aux entreprises industrielles et agricoles des �tats-Unis.

Il est essentiel pour les �tats-Unis, ainsi que pour l'Union europ�enne, de faire avancer l'ordre du jour de Doha en mati�re de commerce et de d�veloppement. C'est pourquoi les �tats-Unis ont demand� � leurs partenaires au sein de l'OMC de consid�rer ces n�gociations comme une occasion qui n'arrive qu'une fois tous les 20 ans. Nous avons propos� la suppression de tous les droits de douane applicables aux produits manufactur�s d'ici � 2015. En ce qui concerne l'agriculture, les �tats-Unis pr�conisent la suppression des subventions � l'exportation, la r�duction de 100 milliards de dollars des aides nationales qui ont un effet de distorsion sur la production et sur le commerce, ainsi qu'une forte diminution des droits de douane de mani�re � ce qu'ils soient inf�rieurs � 25 %, le taux de douane moyen des �tats-Unis devant ainsi passer � 5 %. Les �tats-Unis pr�conisent aussi l'ouverture du march� des services, ce qui, selon la Banque mondiale, pourrait susciter une augmentation de 900 milliards de dollars du revenu des pays en d�veloppement.

Maintenant que l'Union europ�enne a d�cid� d'adopter une r�forme de sa politique agricole commune, nous l'incitons � transformer ses changements d'ordre interne en des propositions �nergiques au niveau international. Nous souhaiterions aussi que le Japon, qui profite tant du syst�me commercial international, joue un r�le important. Pour r�ussir, tous les �tats membres de l'OMC doivent avoir le sens de la responsabilit� mutuelle tout en reconnaissant la n�cessit� d'accorder un traitement particulier aux d�savantag�s et aux plus vuln�rables. Certains soutiennent qu'il n'est pas n�cessaire que les pays en d�veloppement r�duisent leurs obstacles au commerce, m�me si 70 % des droits de douane vers�s par des pays en d�veloppement vont � d'autres pays en d�veloppement. Les obstacles �rig�s par les pays en d�veloppement ne prot�gent que quelques privil�gi�s, et ce sont les consommateurs pauvres qui en subissent les cons�quences. L'influence de l'OMC diminuera si cette institution vient � incarner une nouvelle "th�orie de la d�pendance" en mati�re de commerce, qui critique les pays industriels sans m�me pr�coniser la r�duction progressive des obstacles au commerce des pays en d�veloppement.

Que doivent donc faire les �tats-Unis si les autres pays pr�f�rent le protectionnisme au libre-�change ? Selon les r�gles de l'OMC, un pays peut faire obstacle � tout progr�s. Ce serait une grave erreur si l'on permettait � un pays quelconque de s'opposer � l'effort des �tats-Unis en faveur du libre-�change dans le monde. Notre strat�gie repose sur une notion que tout professeur d'�conomie appr�cie : la concurrence. Si certains pays se cachent derri�re la fausse s�curit� du protectionnisme, les �tats-Unis �uvreront de concert avec ceux qui sont convaincus que c'est gr�ce � l'ouverture du march� que l'on parvient � une force �conomique v�ritable. La strat�gie est simple : les �tats-Unis encouragent la concurrence en mati�re de lib�ralisation. � la suite du protectionnisme d�sastreux des ann�es 1930, le secr�taire d'�tat de l'�poque, Cordell Hull, a appliqu� ces m�mes id�es afin de r�duire les droits de douane et de cr�er un �lan en faveur du droit commercial international en n�gociant 32 accords bilat�raux.

C'est pourquoi les �tats-Unis poursuivent la conclusion d'accords de libre-�change tout en faisant leur possible pour que les n�gociations de l'OMC aboutissent. Nos accords de libre-�change encouragent les pays qui entreprennent des r�formes, et dont nombre d'entre eux sont dot�s d'institutions d�mocratiques fragiles, en Am�rique latine, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et en Oc�anie. Ces partenaires figurent maintenant parmi les grands champions de l'ouverture des march�s au sein de l'OMC.

Les accords de libre-�change conclus par les �tats-Unis sont novateurs : ils �tablissent des prototypes pour la lib�ralisation dans des domaines tels que les services, le commerce �lectronique, la propri�t� intellectuelle, la transparence de la r�glementation et une meilleure application des mesures de protection de la main-d'�uvre et de l'environnement. �tant donn� les nouvelles dimensions de la mondialisation, il nous faut montrer que les r�gles du commerce peuvent s'adapter aux nouveaux besoins et aux nouvelles circonstances. Nos accords de libre-�change contribuent aussi � harmoniser les r�gles de jeu pour les entreprises am�ricaines, car d'autres pays, en particulier les �tats membres de l'Union europ�enne, ont n�goci� une multitude d'accords au cours des ann�es 1990 alors que les �tats-Unis se sont content�s d'observer. Cette semaine, des commissions de la Chambre des repr�sentants et du S�nat vont proc�der � l'examen des textes de loi d'application des accords de libre-�change que nous venons de conclure avec Singapour et le Chili.

Nos n�gociations avec l'Am�rique centrale et l'Union douani�re de l'Afrique australe dans le domaine du libre-�change contribuent � aider des pays en d�veloppement � tirer parti de l'int�gration r�gionale et de liens �conomiques renforc�s avec les �tats-Unis. Nous esp�rons que les autres accords que les �tats-Unis vont conclure, par exemple avec la Jordanie, le Maroc et le Bahre�n, serviront de mod�le pour les �tats limitrophes de ces pays qui ont besoin d'adopter le libre-�change.

La strat�gie du gouvernement Bush tient aussi compte du fait que la Constitution des �tats-Unis donne au Congr�s le pouvoir de r�glementer le commerce. Lors du dernier cycle de n�gociations commerciales internationales, qui a dur� plus de 7 ans, les protectionnistes ont �t� ravis de remplir le vide lorsque le pouvoir ex�cutif n'a pas r�ussi � prendre l'offensive en faveur du libre-�change. Dans le domaine du commerce comme dans celui de la politique, on ne peut pas battre quelque chose si on n'a rien.

Depuis des ann�es, des groupes d'�tude du "Council on Foreign Relations" incitent le gouvernement des �tats-Unis � avoir une politique �trang�re et une politique �conomique qui se renforcent mutuellement. Et maintenant, alors que le pr�sident Bush fait cela afin de favoriser la croissance et le d�veloppement, d'ouvrir les march�s pour les travailleurs et les agriculteurs am�ricains, d'encourager la libert� dans les domaines �conomique et politique et de jeter les fondements �conomiques susceptibles de renforcer les liens en mati�re de s�curit�, certains observateurs semblent pr�coniser pour la politique commerciale de notre pays un retour � l'esprit de clocher dans le cadre d'un seul forum.

Nous ferons de notre mieux � Cancun pour maintenir les n�gociations de Doha sur la bonne voie. Toutefois, si la r�solution d'autres pays vacille, le gouvernement Bush continuera de n�gocier en faveur du libre-�change, de mani�re � cr�er des emplois, � garantir la comp�titivit� des entreprises am�ricaines et � cr�er des possibilit�s pour tous ceux qui sont favorables aux r�formes dans le monde.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s