La faute � Raffarin
Jun 5, 2003
Auteur: L'investigateur

Si on en croit les �ditorialistes et les t�nors de la majorit�, la gr�ve conna�trait un fl�chissement. C�est � voir car la gr�ve n�est pas forc�ment puissante quand les seuls transports s�arr�tent et elle n�est pas forc�ment en d�clin quand tous les transports ne sont pas arr�t�s. Mais au-del� d�un v�ritable constat impossible � �tablir pour l�instant, la m�thode gouvernementale semble parfaitement incoh�rente. Dans un premier temps, le premier ministre fait donner la canonnade. Messieurs Ferry et Darcos allume un incendie en distribuant � des professeurs � bout de nerfs un opuscule sur l�enseignement qui n�est rien d�autre qu�un tr�s maladroit r�glement de comptes avec l�esprit de mai 68. Tr�s fran�ais cette fa�on d�exhumer des cadavres dess�ch�s pour les transformer en sujets de discorde !

Puis il y a eu cette incroyable b�tise consistant � jeter sur le plateau outre l��ducation, la d�centralisation et les retraites tout en annon�ant pour faire bonne mesure la s�curit� sociale � la rentr�e.

On se demande bien ce qu�attendaient nos gouvernants. Il y a bien une explication : Jacques Chirac croit r�ellement que sa majorit� se situe � 83% des Fran�ais alors qu�il est le pr�sident le plus mal �lu de la V�me r�publique avec 17%. Pires tous ses challengers ont � peu pr�s le m�me pourcentage. C�est dire si le pr�sident est d�cr�dibilis� dans l�opinion publique.

Personne ne peut nier la n�cessit� de r�formes audacieuses. Mais il n�est pas bon que ce soit toujours les m�mes qui paient. Nous avons d�un c�t� de petites gens qui se serrent la ceinture depuis une g�n�ration sans apercevoir d�am�lioration au bout du tunnel et de l�autre une classe dominante compos�e de politiciens sans imagination et d�un patronat stupide, arrogant et surtout inefficace. Le baron Seill�res, dirigeant d�entreprises sur le flanc et personnage caricatural, en est l�incarnation grotesque.

Les syndicats, press�s de se refaire une virginit�, ont �pous� le malaise profond des Fran�ais et ont propos� des solutions d�magogiques dont ils savent pertinemment qu�elles ne r�gleront en rien les probl�mes pos�s. Oui, les retraites ne peuvent plus continuer comme �a. Oui il faut d�centraliser pour d�sengorger l�administration. Oui l��cole a besoin d�une r�forme.

Mais il faut en discuter avec les principaux int�ress�s. Au lieu de cela, Monsieur Raffarin qui ne sait que r�p�ter qu�il est pragmatique en secouant ses petits bras, d�cr�te, l�gif�re et �ructe qu�il ne c�dera pas. Et quand il donne l�impression de c�der c�est pour mieux contre-attaquer. Ce faisant il d�sesp�re la rue et �a n�est jamais bon.

Le mouvement social a cherch� des issues de conciliation. Le gouvernement n�a cherch� qu�� saucissonner le m�contentement pour mieux le dig�rer. Les responsables syndicaux ne sont pas idiots. Ils savent que le gouvernement veut aller jusqu�aux �preuves du bac mais qu�il compte sur les grandes vacances pour �puiser la gr�ve.

On a appel� l�habile Nicolas Sarkozy � qui on offre un cadeau empoisonn�. Il ne peut pas r�ussir et il devra t�t ou tard faire donner la matraque. Il sera alors sacrifi� � l�opinion publique. Mais Nicolas Sarkozy, piaffant comme un jeune poulain, est de toutes les aventures. Le pire pour lui serait d��chouer en Corse et avec le mouvement social. Il serait alors renvoy� dans son placard pour quelques ann�es.

En Corse nul ne peut dire le r�sultat du r�f�rendum m�me s�il semble plut�t mal parti. Les deux grandes villes de Corse, Bastia et Ajaccio vont voter majoritairement non. C�est 60% de l��lectorat corse. La campagne ne montre gu�re d�enthousiasme pour la proposition gouvernementale. D�autant que les petits maires sont travaill�s au corps par le conseil g�n�ral de la Corse du Sud qui d�bloque des cr�dits comme jamais.

Quant au mouvement social, chacun doit se rendre compte qu�il en est arriv� � un point o� il d�passe les simples revendications. Sa d�faite serait une d�faite majeure pour le mouvement syndical et pour la gauche. Sa victoire serait une catastrophe pour des r�formes n�cessaires.
C�est dire si Monsieur Raffarin a bien mal men� sa barque.

Comment des r�formes facilement acceptables par l�opinion publique � condition de les expliquer ont-elles pu devenir le symbole d�une intransigeance r�actionnaire ? Et il est peut-�tre trop tard pour renouer les fils du dialogue.

Que reste-t-il donc comme solution aux dirigeants syndicalistes pour ne pas �tre broy�s ? La violence. Cette m�thode a commenc� � Bastia. Elle va se poursuivre et elle est logique. Le projet de loi relatif aux retraites est discut� le 10 juin. Si quelque chose ne bouge pas, les gr�vistes se retrouvent au d�but des vacances d��t�, les poches vides et le d�sespoir au ventre. Les vacances ont toujours signifi� l�enterrement des grands mouvements fran�ais : le Front populaire, la Lib�ration et mai 68. Les syndicats ont donc quinze jours pour obliger le gouvernement � n�gocier. En deux semaines, la seule solution est de provoquer des incidents dans la rue de mani�re � faire pencher l�opinion publique en faveur des gr�vistes et � dramatiser la situation.
Le gouvernement de monsieur Raffarin ne gagnera rien � rester intransigeant. M�me si au finish il gagnait, il y aurait perdu sa popularit�. Or la France n�a plus de rel�ve ni � droite ni � gauche. Et l�histoire nous a appris qu�en France on ne gouverne pas contre la rue. Tous ceux qui l�ont fait ont �t� oblig�s de d�missionner t�t ou tard.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s