Foutue semaine pour les Fran�ais. Lundi� retour de la Pentec�te. Mardi� gr�ve de la Fonction publique et des transports pour saluer la discussion au Parlement de la r�forme des retraites. Mercredi : �a va vraisemblablement continuer. Jeudi� Le bac et ses incertitudes. Vendredi� Vivement la quille.
Et Raffarin qui invente des concepts redoutables avec son sens aigu de la formulation. Ainsi la r�forme des retraites devient dans sa bouche � la m�re de toutes les r�formes �. Ca ne vous rappelle rien ? Mais si voyons. C�est ainsi qu�en 1991 Saddam Hussein baptisait la bataille avec les forces alli�es : la m�re de toutes les batailles. R�sultat ? Une pil�e historique et, pour le coup, une retraite bien vite transform�e en d�faite. Tout cela promet. Mardi, c�est le Premier ministre en chair et en os (surtout en chair d�ailleurs) qui monte au cr�neau pour d�fendre son projet de loi de r�forme des retraites. Face � la gr�ve du z�le promise par l'opposition, la majorit� semble h�siter entre patience et passage en force.
Pour r�ussir sa � m�re de toutes les r�formes � Jean-Pierre Raffarin devra auparavant gravir son Golgotha soit quelque 9.000 amendements, dont 6.354 pour le seul PCF. Un monument de blocage. Sans illusion sur la possibilit� d'un retrait du texte, la gauche qui est minoritaire esp�re ainsi prolonger les d�bats au-del� des deux semaines programm�es, voire le pousser � la faute en le contraignant au 49-3. D�s mardi, on peut donc compter sur un festival d'obstruction en tous genres: interruptions de s�ance tous azimuts, interventions marathons et motions de proc�dure en cascade.
Face � ces tentatives de blocage, le Premier ministre va mettre tout son poids dans la balance pour �pauler le ministre des Affaires sociales Fran�ois Fillon, en intervenant en personne dans l'h�micycle. Parall�lement, l'UMP devait mobiliser ses troupes sur le terrain en organisant mardi une journ�e d'explication de texte dans toute la France.
Trente-cinq jours: c'est le temps dont le gouvernement dispose pour convaincre les parlementaires, afin que le pr�sident Jacques Chirac puisse se f�liciter lors de son intervention du 14 juillet d'avoir sauv� le syst�me par r�partition.
N�anmoins, on peut l�gitimement penser que la gauche n�est pas m�contente que ce soit la droite qui � se tape le sale boulot �. Il ne faut pas oublier que les commissions d�experts de la gauche pr�conisaient sensiblement les m�mes r�formes que celles de la droite actuelle. Rocard, Attali et Charasse l�ont d�ailleurs dit haut et fort. D�sirant se refaire une beaut� populaire la gauche donne l�impression de souffler sur les braises mais dans l�intimit� des r�unions, elle demande la pond�ration. Du c�t� du PCF, la chanson est diff�rente. Le � parti de la classe ouvri�re � est aujourd�hui menac� de disparition. Les � groupuscules gauchistes � d�autrefois lui mangent litt�ralement la laine sur le dos. Le parti communiste a donc demand� � tous ses militants pr�sents dans la CGT de faire fl�che de tous bois.
N�anmoins, Thibaut, le � patron � de la CGT est prudent. Il sait qu�il va falloir mener de nouvelles luttes � l�automne et les grandes gr�ves men�es � la veille de l��t� sont perdues d�avance. Il sait �galement que le Parti socialiste n�est pas pr�t sur ce coup-l� � se lancer dans l�aventure d�une rel�ve politique. Mal en point, en panne de dirigeant pr�sidentiable, le PS pr�f�re attendre encore quelques ann�es.
Voil� donc les � ultras � du PC men� par Maxime Gremetz qui se battent pied � pied sur les m�mes terres que l�extr�me-gauche. Ils doivent relever le d�fi lanc� d�un c�t� par la Ligue communiste r�volutionnaire tr�s pr�sente dans SUD et par Lutte Ouvri�re pr�sent � la fois dans la CGT et Force Ouvri�re.
Leurs militants se battent pour une gr�ve g�n�rale, mot d�ordre que refusent pour l�instant les directions syndicales.
Il est donc pr�visible que la gr�ve se termine avec le baccalaur�at par une victoire partielle du gouvernement. Les syndicats vont devoir n�gocier la sortie de gr�ve et demander � ce qu�une partie seulement des jours de gr�ve soit retir�e des salaires. Certains enseignants risquent fort de passer de mauvaises vacances avec parfois un mois entier non pay�s.
Ce qui pourra expliquer des attitudes tr�s dures au moment du bac. Un bon nombre de militants des syndicats de l��ducation nationale ont l�impression d�avoir �t� trahis par les directions. Et ils veulent faire entendre leur voix en allant jusqu�� des actions tr�s radicales.
Le risque pour le gouvernement est donc de payer tr�s cher son intransigeance en favorisant sans le vouloir l�expression de mouvements autonomes et tr�s d�cid�s. Or le gouvernement a besoin de discuter avec les directions syndicales. Leur �clatement ou la d�monstration de leur faiblesse signifierait que des coordinations sauvages se sont cr��es un peu partout et que la situation est devenue incontr�lable. Malheureusement, ce gouvernement a d�montr� sa totale incapacit� � savoir efficacement dialoguer. Aujourd�hui mardi, un bon nombre de manifestants devraient chercher l�affrontement. En d�filant de Bastille � Concorde, les manifestants, eux, ont d�cid� de se faire entendre jusqu'aux abords du Palais-Bourbon pour mettre le gouvernement sous pression. Si la r�pression est trop dure plus rien n�est pr�visible.
Selon l'institut CSA, 66% des Fran�ais approuveraient la grogne de la rue, tandis qu'ils ne seraient plus que 52% selon une enqu�te Publicis command�e par Matignon. Cela signifie en tout �tat de cause qu�une majorit� de Fran�ais continue � se sentir proches des gr�vistes. Le gouvernement danse sur un tonneau de poudre.
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