Le gouvernement fran�ais au c�ur de la tourmente
May 27, 2003
Auteur: L'investigateur

Le gouvernement fran�ais ne sait plus sur quel pied danser tandis que ses ministres accumulent les gaffes et les couacs m�diatiques. Tandis qu�un affrontement majeur se profilent certains d�j� au sein du gouvernement se demandent qui seront les fusibles.
Tous nos informateurs en t�moignent : le gouvernement ne sait plus sur quel pied danser. Luc Ferry est outr� d�avoir �t� contredit par Xavier Darcos et de n�avoir pas eu le soutien du Premier ministre. Il est donc entr� en grande bouderie. Il a refus� de participer � un d�bat qui devait le mettre en face de Rebsabem, le maire de Dijon. Le r�sultat est que Xavier Darcos, son fid�le ennemi, appara�t d�sormais comme l�interlocuteur gouvernemental. � Tout cela sent le sapin � murmure-t-on dans les couloirs de Matignon confirmant en cela nos informations d�il y a quelques jours. D�ailleurs Ferry ne fait aucun myst�re de son d�sir de quitter le bateau en perdition. Pour ne rien g�cher, le premier ministre Raffarin y est all� de ses petites d�clarations maladroites tenues au Canada. L�homme de Chasseneuil-en-Poitou ne doit toujours pas savoir que d�sormais la communication permet de passer depuis le continent. Raffarin doit �tre le fr�re jumeau de Claude All�gre pour ce qui concerne les gaffes m�diatiques.

Pour l�heure, les membres du gouvernement sont partag�s. Les bureaucrates de l�UMP comme Alain Jupp� sont partisans de ne rien c�der et d�aller jusqu�au clash. On se souvient du vif succ�s de cette m�thode qu�il avait inaugur� durant l�hiver 1995 � propos de la S�curit� sociale. Non seulement il avait d� baisser pavillon mais il y avait laiss� sa place. D�autres ont d�j� choisi leurs deux fusibles : Ferry et Fillon. Pour le premier, les d�s en sont jet�s. Darcos a �t� choisi m�me si dans le priv� ce dernier fait savoir qu�il aimerait bien en 2004 une place de pr�sident de r�gion. Pour ce qui concerne Fillon, il est le b�lier gouvernemental dont la t�te pourrait bien voler en �clat lors de la grande confrontation qui s�annonce. En secret, il a �t� donn� l�ordre aux pr�fets de pr�parer des ordres de r�quisition afin de faire passer les examens co�te que co�te. Mais voil� un nouveau sujet d�inqui�tude qui s�annonce. La manifestation des usagers appel�e � l�H�tel de Ville par l�UMP sous couvert d�associations d�usagers n�a gu�re r�uni plus de 300 personnes quand le cort�ge syndical en rassemblait 500.000 � Paris. Les Fran�ais sont majoritairement du c�t� des gr�vistes. Enfin, plus le mouvement s�enfonce dans la gr�ve et plus les gr�vistes sont d�cid�s � aller jusqu�au bout. Les pertes de salaires seront d�autant moins fortes que le mouvement sera puissant et pourra n�gocier ce point pr�cis.

Nouvelle maladresse gouvernementale, dans un texte diffus� avant sa conf�rence de presse rue de Valois, Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, a annonc� une grande r�forme de la culture li�e � la d�centralisation. Celle-ci "se d�clinera en quatre grands axes : la mobilisation du minist�re et de ses �tablissements, le pari n�cessaire de la d�centralisation, la clarification des partenariats avec les collectivit�s locales, le choix des �quipements et des programmes culturels de proximit�".

Autant dire que les professionnels vont supputer une nouvelle prime offerte aux r�gions riches et paup�risation des petites r�gions.

Ainsi, la propri�t� de quelque 100 monuments historiques (sur les 400 que poss�de l'�tat) pourra �tre transf�r�e aux collectivit�s et la gestion des cr�dits de restauration de monuments historiques n'appartenant pas � l'�tat pourra �tre confi�e aux r�gions, soit un transfert de plus de 110 millions d'euros de cr�dits.

Mais cela risque aussi de signifier qu�au-del� de ce transfert les r�gions devront se d�brouiller en levant plus d�imp�t.

Dans le domaine de la musique, de la danse et du th��tre, le ministre entend "clarifier les responsabilit�s concernant le r�seau du spectacle vivant" pour pallier "les d�s�quilibres criants dans l'am�nagement culturel du territoire" ou le financement des institutions (centres dramatiques nationaux, sc�nes nationales, centres chor�graphiques nationaux). Un label "Festival d'int�r�t national" sera cr�� en 2004, permettant une intervention de l'�tat moins arbitraire en ce domaine. Cela peut vouloir dire la fin de toutes les troupes ne b�n�ficiant pas de ce label dont on ne sait pas par qui il sera donn�.

Grave probl�me : dans le domaine de l'audiovisuel, il "souhaite encourager tant le service public que le secteur priv� � d�velopper davantage de programmes r�gionaux (notamment sur France 3) et de cha�nes locales", avec un assouplissement de leur cadre juridique. Autant dire que les tenants du service public vont y voir un d�but de d�mant�lement.

Enfin, M. Aillagon propose la cr�ation de fonds r�gionaux d'aide � la production cin�matographique. L� encore la r�gion parisienne a tout � y gagner. La province risque fort d��tre d�favoris�e si la tendance centralisatrice de Paris s�affirme paradoxalement � travers la d�centralisation.

Le 22 mai enfin le ministre rencontrait les syndicats des intermittents du spectacle pour leur annoncer des r�formes � la rentr�e. Jean-Jacques Aillagon, en compagnie d'un repr�sentant du minist�re des affaires sociales, du travail et de la solidarit�, sous la pression du MEDEF, a donc tent� de r�soudre la question des allocations ch�mage des intermittents. Le MEDEF et l��tat avancent le chiffre de 90.000 intermittents du spectacle. Le patronat d�signe dans ce chiffre un � grand nombre de fraudeurs �. Toujours est-il que selon la Cour des comptes, le d�ficit du r�gime sp�cifique des intermittents est pass� de 229 millions d'euros en 1991 � 738 millions d'euros en 2001. Le Ministre propose qu�une partie des intermittents soit pris en charge par des employeurs comme les cha�nes de t�l�vision publiques et priv�es, les grosses soci�t�s de production et de grandes institutions culturelles.
Il veut aussi croiser les fichiers sociaux de mani�re � � coincer � les fraudeurs. Il d�sire mettre en place un guichet unique. Toute la question est de savoir si dans la situation actuelle, cette tentative de � rentabiliser � un syst�me dispendieux, ne mettra pas le feu aux poudres dans le milieu culturel.

Le v�ritable test sera l�entr�e ou non dans la gr�ve du secteur priv�.
La v�rit� est que le gouvernement ne peut pas se permettre une �preuve de force telle que celle r�ussie par Margaret Tatcher dans les ann�es 1980 en cassant la gr�ve des mineurs. Elle s�attaquait alors � un secteur �conomique condamn� et � des traditions syndicales qui avaient fait leur temps. Ici le gouvernement s�en prend � tous les secteurs strat�giques de son propre syst�me. Devant la d�termination des gr�vistes qui a surpris les syndicats eux-m�mes, il est forc�ment perdant. Pire en jouant le jusqu�au-boutisme, il condamn� � mort les n�cessaires r�formes.
Il faut donc qu�il rouvre la table des n�gociations quitte � faire sauter quelques fusibles devenus inutilisables.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s