Les femmes de Casamance paient tr�s cher le conflit ind�pendantiste en cours depuis 1982 dans cette r�gion du sud du S�n�gal, o� certaines ont �t� viol�es, enlev�es, ont vu dispara�tre leurs maris, et o� l'impunit� est "toujours de mise", estime Amnesty International dans un rapport publi� jeudi."
Des gens continuent de souffrir en silence" en Casamance, a d�clar� � Dakar Salvatore Sagu�s, du "programme Afrique" d'Amnesty, au cours d'une conf�rence de presse. "Ils souffrent parce qu'il n'y a ni justice, ni r�paration, mentale ou financi�re", a-t-il ajout�.Les autorit�s s�n�galaises ont "�volu�" et ne traitent plus les d�fenseurs des droits humains de "menteurs", a constat� M. Sagu�s. "On nous promet des enqu�tes", mais les enqu�tes tardent et "l'impunit� demeure", a-t-il regrett�. Dans son rapport, intitul� "S�n�gal, paroles de femmes casaman�aises", Amnesty International �voque sept cas, significatifs de "l'ampleur des souffrances et du d�ni de justice subis par des dizaines des femmes".
Deux d'entre elles ont �t� victimes de violences sexuelles commises par des hommes arm�s se r�clamant du Mouvement des forces d�mocratiques de Casamance (MFDC, ind�pendantiste), quatre sont les �pouses de civils "disparus" apr�s avoir �t� arr�t�s par les forces de s�curit� s�n�galaises, "la derni�re n'a plus de nouvelles de son mari enlev� il y a un an par des �l�ments du MFDC".Quatre de ces femmes, toutes m�res de famille, ont racont� jeudi devant la presse leur calvaire et leur d�nuement.
En juillet 1999, Anna Malack, 42 ans, veuve et m�re de six enfants, �tait partie au verger ramasser des noix de cajou avec d'autres villageois, lorsque des hommes arm�s, se r�clamant du MFDC, sont arriv�s, en disant que la for�t leur appartenait."Ils m'ont bastonn�e, je me suis �vanouie", raconte-t-elle, avant de pleurer, en n'osant pas parler du viol.
Elle a pass� trois mois � l'h�pital, souffre encore de s�quelles physiques et psychologiques, ne va plus au verger, n'a plus de moyen de subsistance.Khady Bass�ne, elle, a port� plainte apr�s la disparition, en ao�t 1999, de son mari, emmen� par l'arm�e. Elle ne l'a jamais revu, n'a jamais su ce qu'il �tait devenu, et se dit aujourd'hui convaincue qu'il a �t� tu�. Mais elle n'a pas de certificat de d�c�s, ne peut pas percevoir de pension.
La situation d'Antoinette Diatta est la m�me. "Quand je menais les recherches, mon mari avait peut-�tre d�j� �t� tu� et enterr�", dit-elle, tortur�e par l'incertitude.Le mari de Roukhyatou Ba, lui, a �t� emmen� en juillet 2002 par des hommes du MFDC, parce que son nom n'�tait pas casaman�ais. Quatre autres p�cheurs avaient �t� emmen�s. "Aucun d'eux, � ce jour, n'a �t� retrouv�", affirme Amnesty."
Les deux parties en conflit, apr�s avoir longtemps ni� la v�racit� des atteintes aux droits humains d�nonc�es par Amnesty International, ont finalement reconnu que des exactions avaient �t� commises par leurs combattants", indique le rapport. Cependant, ajoute-t-il, "cette reconnaissance vague n'a eu, pour le moment, aucun impact sur l'identification des responsables, la fin de l'impunit� et l'octroi de r�parations aux familles des victimes".
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