Des milices ivoiriennes lancent un ultimatum aux soldats fran�ais
Dec 4, 2003
Pour le deuxi�me jour cons�cutif, plusieurs centaines de manifestants ivoiriens pro-gouvernementaux ont assi�g� mardi la base des soldats fran�ais � Abidjan et des milices loyalistes ont lanc� un ultimatum aux forces fran�aises qui expirait dans la soir�e.

Les manifestants exigeaient le d�part des soldats fran�ais pour permettre la reprise des combats contre les rebelles qui contr�lent le nord du pays. Arm�s de couteaux et de machettes, alors qu'ils n'avaient que des pierres et des planches la veille, les jeunes "patriotes" ont allum� des feux dans la rue et jet� des pierres dans l'enceinte de la caserne. Les soldats fran�ais du bataillon d'infanterie de marine (BIMa) ont r�pliqu� par des tirs de gaz lacrymog�ne et de grenades assourdissantes.

Apr�s �tre rest�es passives pendant plus d'une journ�e, les forces de s�curit� ivoiriennes ont collabor� avec l'arm�e fran�aise pour disperser la foule. Le lieutenant-colonel George Peillon, porte-parole de l'arm�e fran�aise, a soulign� que le calme �tait revenu en d�but d'apr�s-midi.

Des milices soutenant le pr�sident ivoirien Laurent Gbagbo ont adress� un ultimatum aux forces fran�aises, leur donnant jusqu'au d�but de la soir�e mardi pour se retirer de la ligne de cessez-le-feu qui coupe le pays en deux. Sinon, les 16.000 civils et quelque 4.000 soldats fran�ais pr�sents dans le pays seront la cible d'attaques, ont-ils averti.

"Nous donnons un ultimatum aux Fran�ais fix� � 20h, ils doivent quitter la ligne de front", a soulign� Narcisse N'Depo, un dirigeant d'un mouvement de jeunes, devant la base fran�aise. Sinon, "les prochaines cibles seront les maisons, les biens et les int�r�ts fran�ais", a-t-il pr�venu. "Tout ce qui est fran�ais sera attaqu�."

Face � cette menace, le porte-parole de l'ambassade de France Francis Guenon a simplement indiqu� que "les mesures n�cessaires" seraient prises.

Bl� Goud�, leader du mouvement de jeunes pro-gouvernemental le plus influent en C�te d'Ivoire, a appel� plusieurs milliers de partisans � une manifestation pacifique devant la base fran�aise mercredi, et � �tre pr�ts � marcher vendredi vers la ligne de cessez-le-feu. "Si les Fran�ais essayent de nous arr�ter, nous devrons les combattre", a-t-il soulign�.

"N'attaquez pas les civils fran�ais", a-t-il toutefois demand�, mais en pr�cisant que "le prochain coup de feu de l'arm�e fran�aise contre un civil ou un soldat de C�te d'Ivoire sera fatal pour les Fran�ais".

Le ministre de la D�fense ivoirien Ren� Amani est intervenu dans la soir�e � la t�l�vision pour pr�venir que les manifestations publiques avaient �t� interdites et assurer tous ceux qui vivent en C�te d'Ivoire que les forces de s�curit� les prot�geront.

Malgr� ces assurances, l'ambassade de France a d�cid� de fermer toutes les �coles fran�aises d'Abidjan mercredi par pr�caution.

Les manifestants et miliciens demandent le d�part des quelque 5.000 soldats fran�ais et de la CEDEAO (Communaut� �conomique des �tats d'Afrique de l'Ouest) d�ploy�s pour maintenir la paix dans le pays, afin de permettre aux forces gouvernementales de reprendre leurs attaques contre les rebelles.

A la question de savoir si la France allait retirer ses soldats du pays, le porte-parole du minist�re des Affaires �trang�res Herv� Ladsous a r�pondu: "Absolument pas". "Il y a des tensions qui sont apparues sur le terrain, qui t�moignent � nos yeux de l'urgence qu'il y a � acc�l�rer le processus de sortie de crise pr�vu par les accords de Marcoussis", a-t-il pr�cis�.

"Nous suivons tout cela minute par minute parce que c'est notre devoir", a soulign� de son c�t� la ministre de la D�fense Mich�le Alliot-Marie. "Les forces fran�aises sont pr�sentes dans l'ensemble du pays et il est �vident que l'une de leurs missions prioritaires est de prot�ger les ressortissants fran�ais et �trangers s'il y avait le moindre risque."

Le pr�sident Jacques Chirac a donn� son accord de principe � une prochaine invitation � la mi-d�cembre en France du pr�sident ivoirien, a annonc� l'�lys�e en liant cette rencontre � une stabilisation de la situation sur le terrain. M. Chirac "suit la situation de tr�s pr�s" et "l'appr�cie en fonction de la mise en �uvre par toutes les parties des accords conclus" en janvier dernier � Marcoussis, a soulign� la porte-parole de la pr�sidence, Catherine Colonna.

Dans une interview publi�e mardi dans "Le Figaro", Laurent Gbagbo affirme que "la C�te d'Ivoire a besoin de la France". "C'est moi qui ai demand� aux troupes (fran�aises) de l'op�ration 'Licorne' d'�tre l� et je n'ai pas chang� d'avis", dit-il.

Toutefois, il ne condamne pas les r�cents d�bordements hostiles aux forces fran�aises. "Je comprends le ras-le-bol des jeunes gens", dit-il en r�f�rence aux jeunes "patriotes". "Mais leur probl�me n'est pas la pr�sence fran�aise. Le probl�me est que les Fran�ais se trouvent entre eux et les rebelles. Or ils veulent en finir avec la guerre."

M. Gbagbo dit vouloir "continuer � appliquer" les accords de r�glement du conflit sign�s � Marcoussis en janvier, m�me s'il le fait "en faisant la grimace" parce que ces accords sont "une mauvaise solution".

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s