� Toulon, tout le monde savait ou presque. On savait que du haut jusqu�en bas, les militaires de l�Arsenal en croquaient. Et si le procureur n�a requis que contre 72 personnes dont quarante militaires, c�est que le scandale aurait �clabouss� jusqu�au minist�re si l�enqu�te avait �t� pouss�e plus loin. Des militaires de haut rang, dont l'ex-num�ro 3 du minist�re de la D�fense, Jean-Yves Helmer, qui occupait les fonctions de directeur g�n�ral de l'armement (DGA), pourraient toutefois �tre cit�s � compara�tre � partir du 3 mai pour six semaines devant le tribunal correctionnel de Marseille, si la juge d'instruction Fran�oise Issenjou suit les r�quisitions rendues mercredi par le parquet.
Selon l'accusation, l'escroquerie en bande organis�e, qui fait l'objet d'une information judiciaire ouverte le 2 juillet 1999, s'articule autour d'un pr�t ill�gal de main-d'�uvre, du faux int�rim pratiqu� � grande �chelle par tous les services de la DCN avec la complicit� de 19 entreprises varoises.
Les prestations de secr�taires ou de personnel de bureau sans comp�tence particuli�re �taient lourdement factur�es, tout comme des fournitures de papier, selon le quotidien � la Provence �. Or si la DCN pouvait l�galement faire appel � des personnels sp�cialis�s dans le cadre de march�s d'assistance technique, ces employ�s surpay�s ne rentraient pas dans cette cat�gorie. Les gendarmes ont �tabli que la DCN et la DGA r�glaient entre 24 et 33 euros l'heure de travail d'une secr�taire, normalement factur�e 13 euros par une soci�t� d'int�rim. Quelque 1 200 � secr�taires-ramettes �, comme elles �taient surnomm�es, auraient ainsi �t� employ�es par l'arsenal entre 1993 et 1999. L'enqu�te judiciaire a d�montr� que des photocopies couleur �taient factur�es jusqu'� 20 euros pi�ce au lieu de 6 centimes d'euro, pour justifier des fausses factures...
Trente-deux responsables d'entreprise, dont l'ancien international de rugby, pr�sident du Racing-club de Toulon, �ric Champ, devraient �tre jug�s. Le parquet, dans un r�quisitoire de 203 pages, a estim� que deux ing�nieurs g�n�raux de l'armement, Fran�ois Lefaudeux et Jean-Beno�t Ram�, pourraient b�n�ficier d'un non-lieu. Ces deux hommes, au contraire des autres cadres poursuivis, auraient fait plusieurs rapports, rest�s lettre morte, pour d�noncer cette escroquerie institutionnalis�e.
Selon la justice, les pratiques d�lictueuses �taient � ce point rod�es que des protagonistes de cette affaire ont mal admis l'intrusion de la justice dans leurs combines. Nombreux se sont pli�s de mauvaise gr�ce aux interrogatoires des gendarmes agissant sur commission rogatoire d'un juge du tribunal de Marseille, juridiction r�gionale comp�tente pour juger les militaires.
Certains ont exerc� des pressions,des menaces qui ont d�bouch� sur l'ouverture d'une autre information pour "subornation de t�moins", toujours � l'instruction. Les deux gendarmes � l'origine de l'enqu�te ont m�me �t� mut�s avant d'�tre r�habilit�s.
Les personnes jug�es pour escroquerie en bande organis�e encourent sept ans de prison et 750 000 euros d'amende.
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