L�investigateur-France 11.>

Des soldats ivoiriens passent � l'attaque contre la France
Dec 2, 2003
L'arm�e fran�aise ouvre le feu sur des �l�ments incontr�l�s de l'arm�e gouvernementale se r�clamant de Laurent Gbagbo. Un article du Figaro. Lire �galement � cet effet notre grande enqu�te dans le num�ro de cette semaine L�investigateur-France 11.

Des soldats en armes, se r�clamant du pr�sident Laurent Gbagbo, sont intervenus hier soir � la t�l�vision nationale pour exiger le d�part dans les 48 heures de leurs chefs et des forces fran�aises d'interposition. Cette intervention faisait suite � des incidents qui ont oppos� samedi soir des �l�ments de l'arm�e ivoirienne � des soldats fran�ais dans la zone d�militaris�e.

Les troupes se sont mises en route sans ordres. Transmissions coup�es, et agissant de leur propre chef, plusieurs unit�s des Forces arm�es nationales de C�te d'Ivoire (Fanci) ont pris samedi en fin d'apr�s-midi la direction de Bouak�, la deuxi�me ville du pays, tenue depuis septembre 2002 par la r�bellion. Accompagn�s par des jeunes manifestants �nationalistes�, les �l�ments du 3e Bataillon blind�, des unit�s de gendarmerie et des fusiliers marins se sont heurt�s � l'entr�e du village d'Alangbassou, � 60 kilom�tres � l'est de Bouak�, au dispositif fran�ais de l'op�ration �Licorne�.


�Les Fran�ais ont ouvert le feu, blessant gri�vement six jeunes manifestants�, a dit hier le Commandant Doumbia, l'un des chefs de cette fronde militaire, sans pr�ciser les conditions dans lesquelles s'est d�roul� l'accrochage. Hier matin, les m�mes unit�s auraient tent� de reprendre leur progression, cette fois en contournant les positions fran�aises.


�Nous avons �t� arr�t�s par des blind�s fran�ais�, explique un chef de char du bataillon blind�. �Nous avons parl� avec l'officier du d�tachement, mais ils ont refus� de nous laisser passer�. Les t�moignages divergent ensuite, mais selon l'�quipage du blind� ivoirien, les Fran�ais auraient tir� des fumig�nes vers eux, avant d'ouvrir le feu � deux reprises au canon sur leur engin, qu'ils ont eu le temps d'�vacuer. Aucun d'entre eux n'a �t� bless�. Les Ivoiriens disent ne pas avoir ripost�.


Alors que l'arm�e fran�aise avait d�j� d� faire usage de la force contre des �l�ments rebelles, c'est la premi�re fois qu'un accrochage oppose les unit�s de l'op�ration �Licorne� aux forces r�guli�re ivoiriennes.

Mais l'aspect le plus inqui�tant de l'incident est surtout la d�sob�issance des meilleures unit�s des Fanci.

Le pr�sident ivoirien Laurent Gbagbo s'est rendu hier apr�s-midi par h�licopt�re � Alangbassou pour tenter de raisonner les soldats. �Ce n'est pas moi qui vous jugerait mal�, leur a-t-il d�clar�. �Vous �tes au front depuis 15 mois. Vous �tes fatigu�s.� Autour de lui, les soldats mutin�s restent silencieux, armes � la main, l'air inqui�tant derri�re leurs lunettes noires.

Apr�s s'�tre entretenu avec le g�n�ral fran�ais Joanna, chef de l'op�ration Licorne, lui aussi � Alangbassou, le Pr�sident Gbagbo a demand� aux soldats de cesser leur mouvement, au moins jusqu'� demain.


�Je vais aller mardi � Yamoussoukro pour y rencontrer les rebelles. Je vais leur demander qu'ils me r�pondent clairement sur trois points : � quelle date vont-ils lib�rer les soldats des Fanci qu'ils d�tiennent, � quelle date vont-ils rentrer dans leurs casernes pour que les pr�fets et sous-pr�fets retournent dans les provinces du nord, et � quelle date vont-ils d�sarmer. Puis je reviendrais ici m�me vous porter leur r�ponse.� D�tendus, les soldats applaudissent enfin Laurent Gbagbo par des claquements de doigts.


�Mais en attendant mardi, ne progressez plus�. Le pr�sident ivoirien a regagn� hier soir Abidjan, ou d'autres militaires avaient en son absence demand�e la d�mission du chef d'�tat-major, le g�n�ral Mathias Dou�, qui avait accompagn� le pr�sident � Alangbassou.

Quinze mois apr�s le d�but d'une r�bellion arm�e qui contr�le toujours la moiti� de la C�te d'Ivoire, coupant le pays en deux, ce mouvement d'insubordination militaire augure mal des prochaines semaines.


Les accords de Marcoussis, sign� en janvier 2003 sous la pression fran�aise sont au point mort. Les ministres des Forces Nouvelles, comme s'est intitul�e la r�bellion ont quitt� le gouvernement. Les deux camps ont r�arm�, et multiplient les d�clarations belliqueuses.

Seule la pr�sence de l'arm�e fran�aise, dont le d�ploiement en septembre 2002 avait gel� les positions des bellig�rants emp�che encore une reprise des combats. Mais les slogans des soldats r�volt�s d'Alangbassou auguraient mal eux aussi des relations entre les Fanci et les soldats fran�ais.

�Les Fran�ais allez-vous en !� , �La France prot�ge les rebelles !� �Laissez-nous en finir !�

Persuad� que leur r�armement et leur r�organisation leur permet aujourd'hui une victoire militaire qui leur avait �chapp� fin 2002, une partie des officiers des Fanci ne cache plus son d�sir de reprendre le combat. Et placent le pr�sident Gbagbo dans une situation d�licate.

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