Le d�shonneur d�un french doctor
Dec 19, 2003
Total accus� de collusion avec l'arm�e sur le chantier de Yadana

Rendu public r�cemment, un rapport command� par Total � l'ex-secr�taire d'�tat � l'Action humanitaire Bernard Kouchner r�futait les accusations � relay�es par des associations de d�fense des droits de l'homme � selon lesquelles le groupe p�trolier aurait eu recours au travail forc� sur le site du gazoduc de Yadana en Birmanie, gr�ce � la complicit� de l'arm�e (nos �ditions du 11 d�cembre 2003).

Depuis ao�t 2002, Total fait l'objet de poursuites judiciaires, une dizaine de paysans birmans ayant d�pos� une plainte pour �complicit� de s�questration� devant le tribunal de Nanterre. De nombreux Birmans qui ont fui la zone du gazoduc pour se r�fugier en Tha�lande ont d�crit les d�placements forc�s de populations, les rafles de l'arm�e dans les villages pour d�fricher la for�t sur le trac� du pipeline, les corv�es, les tortures et les viols commis par les �bataillons Total�, surnom donn� par les villageois aux militaires birmans assign�s � la s�curit� du gazoduc (nos �ditions du 22 janvier 2003). D'autres bouches s'ouvrent. C'est le cas aujourd'hui du chef de la s�curit� sur le chantier du gazoduc de 1995 et 2002. Pour des raisons de s�curit�, sa localisation doit �tre tenue secr�te. Les r�v�lations de Jean-Claude K, recrut� par une soci�t� sous-traitante fran�aise de Total, sont troublantes. Ancien capitaine de la L�gion �trang�re, parlant couramment le birman, il dit avoir �t� �t�moin d'actes barbares ignobles � l'encontre de la population locale sur le site du pipe-line�.

Un des plus effroyables : le �d�minage humain�. �L'arm�e birmane for�ait les villageois � marcher dans le corridor du gazoduc truff� de mines antipersonnel. �Bouchez-vous les oreilles�, leur conseillaient-ils. J'ai vu moi-m�me cinq paysans sauter sur des mines. Dans la jungle, un pied arrach�, cela veut dire la mort.�

D�s 1995, ann�e de la construction, �j'ai alert� mon sup�rieur, Herv� Mad�o� (responsable en Birmanie de Total de 1992 � 1999, bas� � Rangoon mais qui �se rendait tous les week-ends sur le site�, aujourd'hui t�moin assist� dans le proc�s contre Total). �Je lui ai �galement parl� du portage forc�, du d�tournement des salaires par l'arm�e sur le terrain. Il m'a sugg�r� de fermer les yeux. Et Total a refus� d'engager l'argent n�cessaire � des postes de contr�le.�

Selon le rapport Kouchner, Total a demand� fin 1995 � la Moge (partenaire birman de Total dans le consortium, ndlr)d'intervenir aupr�s de la junte. Pour Jean-Claude, c'est seulement � partir de 1998, lors de la phase de production que la situation s'est am�lior�e. Mais, note-t-il, tous les nouveaux projets, le gazoduc de Premier Oil, ou plus r�cemment de la Moge, client de Total, ont recours aux m�mes pratiques.

Jean du Rusquec, l'homme charg� depuis peu du dossier birman chez Total affirme : �L'arm�e n'a pas s�curis� la zone.� Or un impressionnant corridor de s�curit� a pourtant �t� d�ploy� dans la r�gion et pas moins de 10 000 hommes, soit cent fois plus qu'avant l'arriv�e de Total, y patrouillent. Jean-Claude rappelle qu'en tant que chef de la s�curit�, il devait veiller � ce que rien n'arrive au gazoduc ou au personnel mais qu'il �tait �galement �en charge de la coordination avec la dizaine de bataillons birmans sur le terrain�.

Il va plus loin, et parle de �collusion avec l'arm�e�. �Il existe depuis le d�but une prime de terrain pour les soldats assign�s � la s�curit� du gazoduc. Officiellement, c'est la Moge qui paie, mais ces sommes sont ensuite factur�es � Total.� �Il existe des documents annot�s de la main de Mad�o transmis au commandement militaire birman.�

Le p�trolier fran�ais a �galement toujours ni� avoir eu recours au travail forc�. �Le chantier a employ� 2 500 personnes avec contrat de travail, salaire et protection sociale�, fait valoir Kouchner dans son rapport.

Mais il ne prend pas en compte par exemple �les dix paysans qui ont particip� � la construction d'un h�lipad pendant une semaine. Ils devaient �tre pay�s 200 kyats par jour. Mais c'est un ancien capitaine birman qui a empoch� l'argent de Total. Les dix hommes ont �t� gratifi�s de coup pieds dans le derri�re�, t�moigne Jean-Claude.

Jean-Claude explique comment il a truqu� les voyages de presse ou la visite des parlementaires fran�ais, dont le rapport recommande en 1999 le gel imm�diat du projet birman de Total.

�Au signal d'Herv� Mad�o, (�Je compte sur toi�, me disait-il), je pr�venais les commandants de bataillons de d�guiser leurs hommes en villageois. Lors de la visite guid�e, les journalistes ou les d�put�s ne savent pas � qui ils parlent, des agents de renseignement de Rangoon ont infiltr� la compagnie.� Et si les visiteurs n'ont pas vu une seule caserne, c'est que �l'h�licopt�re ne survolait pas r�ellement la zone du gazoduc. Vues du ciel, toutes les routes se ressemblent�.

En 2002, le contrat de Jean-Claude n'a pas �t� renouvel� car selon lui il �tait �devenu trop g�nant�, et �ne correspondait pas � la culture d'entreprise�, �des f�odaux qui insultent la population autochtone�, affirme-t-il.
( Fr�d�rique Marti)

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