Comment on �touffe une affaire
Dec 19, 2003
Le Parisien

L'affaire Al�gre n'en finit pas de se d�gonfler titre le Parisien ajoutant un rapport de la police des polices blanchit maintenant les fonctionnaires de Toulouse mis en cause par les deux ex-prostitu�es Patricia et Fanny, soup�onn�es de faux t�moignage. Mieux, les enqu�teurs disculpent partiellement Patrice Al�gre... Le Parisien et la D�p�che font le point sur ce d�gonflage d��tat qui ressemble fort � la fa�on dont l�Angleterre victorienne a �vacu� l�affaire de Jack l��ventreur.

L'Inspection g�n�rale de la police nationale a rendu un rapport mettant hors de cause les officiers de l'ancienne brigade des m�urs de Toulouse, accus�s d'avoir scell� un pacte de corruption avec des prox�n�tes du quartier de la rue Bayard en achetant leur silence avec des enveloppes d'argent : des accusations port�es par Patricia et Fanny, deux ex-prostitu�es, dont les accusations ont �t� d�menties. Mais ce rapport n'explique en rien pourquoi la S�ret� n'a jamais r�solu les enqu�tes sur les morts suspectes de Hadja Darolles et Josette Legoy en 1987, mais aussi sur celles des prostitu�es Line Galbardi et Josette Poiroux, du travesti Claude Martinez, de la m�re de famille Patricia G�lis, ou encore sur le viol de Fran�oise Dorival pour la seule ann�e 1992. Ce sont des meurtres pour lesquels Patrice Al�gre a �t� mis en examen depuis.

� On est face � des contre-v�rit�s �videntes �

Dans ce document, r�v�l� par le journal � le Monde �, remis au juge Thierry Perriquet, charg� d'instruire le dossier pour � prox�n�tisme aggrav� �, les enqu�teurs estiment aussi que le tueur Patrice Al�gre, d�j� condamn� � perp�tuit� pour cinq meurtres et un viol, n'est pas � un d�linquant d'envergure m�l� � des affaires de prox�n�tisme ou de trafic de stup�fiants � et est � inconnu du trottoir toulousain � � cette p�riode tout comme un autre personnage mis en cause, Lakdhar Messaoud�ne.

� On a arr�t� Messaoud�ne et la justice l'a pourtant condamn� pour prox�n�tisme aggrav� le 3 novembre 1992 � trois ans de prison ! � s'�trangle un officier de gendarmerie de Toulouse. � On est face � des contre-v�rit�s �videntes. Les affirmations de ce rapport se heurtent aux constatations �, s'indigne Georges Catala, le d�fenseur de nombreuses familles de victimes. � Patrice Al�gre n'a donc jamais appartenu � un r�seau organis�. Toutes ces accusations �taient imaginaires �, se r�jouit en revanche M e �douard Martial, l'avocat du tueur. Pourtant, nombre de t�moignages ont mis en �vidence lors du proc�s d'Al�gre en 2002 son pass� de gros revendeur de coca�ne dans le milieu des bo�tes de nuit de la Ville rose.


Un autre rapport toujours tr�s attendu

Le rapport critique enfin l'enqu�te de la gendarmerie qui a accr�dit� les � rumeurs �. La comptabilit� personnelle des policiers a �t� pass�e au crible et � aucune anomalie n'a �t� relev�e � selon les � b�uf-carottes �. Tous les rapports de notation pendant leur carri�re, les notes du parquet, les propositions d'avancement ont �t� examin�es pour d�celer des failles. En vain. Le major Michel M..., les commandants retrait�s Pierre C..., Jean-Pierre P... et Lionel Z..., le commissaire G�rard A..., ces cinq officiers mis en cause sont blanchis par leur hi�rarchie.

Lionel Z... a toujours expliqu� qu'en raison de sa position et de son travail � trop efficace � qui a �t� l'objet de notes �logieuses, il avait � r�guli�rement fait l'objet de d�nonciations calomnieuses �. Un autre rapport de l'IGPN est toujours tr�s attendu sur la disparition du carnet d'adresses du travesti Claude Martinez, poignard� le 27 f�vrier 1992 dans son studio toulousain : un document saisi puis disparu des scell�s au tribunal de Toulouse. Les cassettes saisies et pr�l�vements effectu�s au domicile du travesti ont �t� incin�r�s le 27 mars 1998. Dans la liste, il manque le carnet. Le juge Lemoine attend toujours des r�ponses.
J.-M. D.

La D�p�che


Le forcing du juge sur les ex-prostitu�es


Le juge Thierry Perriquet, en charge du volet viols et prox�n�tisme de l'affaire Al�gre, mais aussi de l'instruction portant sur le faux t�moignage du travesti Djamel doit entendre aujourd'hui les deux ex-prostitu�es Patricia et Fanny qu'il souhaitait m�me confronter. Mais le magistrat risque d'avoir du mal avec les deux jeunes femmes qui mettent toujours en cause Dominique Baudis et Marc Bourragu�. Fanny qui h�sitait � rendre visite � un juge qu'elle consid�re comme � partial � veut finalement y aller pour dire � ce qu'elle a sur le c�ur �. Quant � Patricia, elle est hospitalis�e en secteur psychiatrique . Malgr� les certificats m�dicaux et les courriers envoy�s par son avocat, Rapha�l Darrib�re, qui s'insurge contre � un tel acharnement �, le juge a d�livr� un mandat d'amener pour entendre Patricia qui devrait donc arriver entre deux gendarmes. � C'est ahurissant sur le plan humain � notait, hier Me Guidicelli, l'avocat de Fanny, qui demande une confrontation g�n�rale plut�t que cette audition � �triqu�e �. Pour Me Darrib�re, � ce sont les droits de la d�fense qui sont bafou�s �.

G.-R. S.

Une interview du Parisien


Ladkhar Messaoud�ne �tait devenu prox�n�te pour rendre service


Lakdhar Messaoud�ne a �t� pr�sent� comme le � fr�re d'armes et d'horreur � du tueur Patrice Al�gre. Il se d�fend dans le Parisien. Hallucinant !

� J'�tais un coupable parfait �

Libre depuis le 16 octobre dernier apr�s avoir �t� incarc�r� pendant quatre mois d�s son retour d'Alg�rie le 18 juin, Lakdhar Messaoud�ne, 40 ans, a �t� pr�sent� comme le � fr�re d'armes et d'horreur � du tueur Patrice Al�gre. Il a �t� aussi d�sign� comme complice pr�sum� de l'assassinat de la prostitu�e Line Galbardi, dans la nuit du 2 au 3 janvier 1992. Il est d�sormais, comme il le dit avec sa gouaille au fort accent du Sud-Ouest, � un clandestin sans papiers �. Il vit chez sa m�re dans la cit� Empalot � Toulouse attendant que la justice se prononce sur son sort.

Son passeport, que le juge d'instruction croyait falsifi�, a �t� saisi. Mais l'expertise des tampons d'entr�e et de sortie effectu�e � l'Institut de recherches criminelles indique qu'il �tait en Alg�rie pour son mariage c�l�br� dans son village natal.

Il n'est rentr� � Toulouse que le 22 janvier 1992 avant d'�tre arr�t� deux jours plus tard dans une autre affaire de prox�n�tisme aggrav�. Condamn�, il sera expuls� en avril 1995 en Alg�rie. Il n'en est revenu que pour � se d�fendre � apr�s les accusations de Patricia.

Connaissiez-vous Patrice Al�gre ?

Lakdhar Messaoud�ne. Al�gre, je ne l'ai pas connu. Une personne que vous croisez dans un bar, vous ne la connaissez pas. Ce n'est pas un ami. Effectivement, j'ai habit� la m�me cit� que lui aux Izards mais on a cinq ans de diff�rence. On ne se conna�t pas et je n'ai jamais fait d'affaires avec lui. Tout �a, c'est du fantasme.

� C'est elle qui m'a demand� de faire le julot �

Vous n'�tes pas un ange, vous avez �t� condamn� pour prox�n�tisme aggrav�, ce n'est pas rien ?

En quarante ans, j'ai fait une b�tise pendant cinq mois. Mais j'ai pay� le prix fort. Je sortais beaucoup le soir dans les bars, mon pr�c�dent mariage avait �t� un �chec, et l� j'ai rencontr� Patricia. C'est elle qui m'a pr�sent� une fille, Magalie, pour la d�panner. Je l'ai h�berg�e. Je ne savais pas qu'elle �tait mineure. Elle se prostituait avant que je la connaisse, pendant et apr�s mon d�part en Alg�rie. Puis Patricia m'a pr�sent� Nadia, une autre prostitu�e. C'est elle qui m'a demand� de faire le julot mais la maquerelle, c'est elle. C'est vrai aussi que les filles me payaient de temps en temps � manger ou � boire.

Pourquoi �tes-vous revenu en France au mois de juin ?

Les gendarmes avaient arr�t� mon fr�re. J'ai pris contact avec eux, d�s le mois de janvier et leur ai fax� mon passeport. Je suis rentr� car j'ai de la famille et notamment trois enfants n�s de deux mariages pr�c�dents, un fils de 20 ans et deux jumeaux de 18 ans. Derri�re moi, je laissais mon �pouse et deux autres petits. Je voulais leur prouver que leur p�re n'�tait pas celui qu'on disait. J'ai pris ce risque de rentrer car je suis innocent. C'est vrai que moi, je n'ai pas eu la possibilit�, comme M. Dominique Baudis d'aller sur TF 1 m'expliquer. Moi, je suis all� en prison et pas lui. Il y a une justice � deux vitesses, certains disent une justice de classe.

Comment avez-vous v�cu ce retour � la prison ?

Quand on sait qu'on n'a rien fait, on sait qu'on va sortir. J'�tais un coupable parfait, ancien prox�n�te, condamn�, j'�tais jug� avant m�me de m'expliquer. Je demande juste qu'on ne m'enfonce pas. Il m'a fallu prouver mon innocence alors que c'est l'accusation qui doit le faire.

Qu'attendez-vous aujourd'hui ?

On m'a trait� comme un chien. Je me souviens de ces gendarmes de l'escorte me conduisant au palais de justice de Toulouse au d�but du mois de juillet. L'un d'eux a appel� son �pouse sur le portable pour la pr�venir de regarder la t�l� et m'a fait traverser la salle devant les cam�ras alors que tous connaissent l'autre entr�e r�serv�e aux d�tenus. C'�tait insupportable. Je veux seulement des excuses et revenir chez moi � Siddi Lakdhar avec mes enfants.
(Propos recueillis par Jean-Marc Ducos)


L�avenir de l�affaire selon la D�p�che du Midi



Que reste-t-il de l'affaire Al�gre ? Hormis les meurtres non �lucid�s au d�but des ann�es quatre-vingt-dix � Toulouse, seule r�alit� tangible, l'avalanche de r�v�lations, de confessions m�diatiques, d'aveux, de contradictions et de r�tractations a d�finitivement noy� l'enqu�te judiciaire ouverte en avril contre Patrice Al�gre et tous autres pour viols et prox�n�tisme. Les affirmations de Patricia et Fanny, les deux femmes par qui le scandale est arriv�, ont �t� pass�es au laminoir par le juge Perriquet. Le magistrat, tr�s sceptique sur la parole des ex-prostitu�es, dont six au total sont parties civiles, devrait � terme et sans r�elle surprise rendre un non-lieu pour tous les mis en cause (policiers, notables�) dans le volet m�urs de l'affaire. Douze ans apr�s les faits, les �l�ments mat�riels manquent. M�me si Fanny et Patricia maintiennent tout ou une partie de leurs accusations. Aujourd'hui, Fanny ne veut plus voir le juge et Patricia se remet dans un �tablissement psychiatrique. Le travesti Djamel l'y avait devanc�. Il en est mort en septembre. Patrice Al�gre, lui, ne parle plus. Apr�s avoir avou� le meurtre de Line Galbardi et celui de Claude Martinez en d�non�ant des commanditaires, il s'est r�tract�. Lakhdar Messaoud�ne y �tait-il ? Fanny l'a blanchi comme elle l'a fait pour Dominique Baudis. Le concernant, le procureur de la R�publique constate qu'il n'y a rien de � p�nalement r�pr�hensible �. La valse des avocats est termin�e. Du fond de sa (jeune) retraite, le gendarme Roussel a port� plainte contre un journaliste de L'Est R�publicain. La police des polices refait les enqu�tes oubli�es. Est-ce encore n�cessaire ?


Gilles-R. Souill�s


Patrice Al�gre
Condamn� en 2002 � la perp�tuit� pour cinq meurtres et un viol, il est � nouveau poursuivi pour cinq meurtres et un viol dont ceux de trois prostitu�es et un travesti. Il a avou� deux de ces meurtres avant de se r�tracter.
Marc Bourragu� Accus� par Fanny de violences sexuelles, t�moin assist�, le procureur adjoint de Montauban est aussi vis� par Nadia, ex-prot�g�e de Lakhdar, et une autre prostitu�e. Al�gre lui avait �t� pr�sent� par un � ami � commun.
Dominique Baudis
Accus� aussi de viols, l'ex-maire de Toulouse a port� plainte contre Patricia pour diffamation, mais pas contre Fanny qui s'est r�tract�e en confrontation. T�moin assist�, il a fourni un alibi. Ses agendas ne sont pas expertis�s.
Lakhdar
L'ex-prox�n�te est poursuivi pour complicit� d'assassinat dans le meurtre de Line Galbardi et accus� de viol par trois ex-prostitu�es. Il se dit innocent. Son passeport (et alibi) alg�rien n'aurait pas �t� falsifi�.
Patricia
Retrouv�e dix ans apr�s les faits par les gendarmes, elle accuse Al�gre et Lakhdar Messaoud�ne d'avoir tu� Line Galbardi en janvier 1992 et pr�tend que Dominique Baudis l'a viol�e avec ces deux hommes.
Michel Roussel
A la t�te de la cellule Homicides 31, il a remont� plusieurs meurtres attribuables � Al�gre. Il a re�u les confessions des ex-prostitu�es. Consid�rant qu'il n'avait plus les moyens de travailler, il a pris sa retraite � 43 ans.
Fanny
Cette ex-prostitu�e accuse le magistrat Marc Bourragu� de sadomasochisme. Elle a nomm� Dominique Baudis avant de se r�tracter lors de leur confrontation puis de le r�citer. Elle se dit victime de pressions de policiers.
Serge Lemoine
C'est le juge qui a rouvert avec les gendarmes tous les dossiers de meurtres non �lucid�s � Toulouse en remettant Al�gre six fois en examen. Il s'int�resse aux rat�s des enqu�tes polici�res et judicaires au d�but des ann�es 90.
Djamel
Bombard� devant les cam�ras de t�l�vision, ce jeune travesti fragile va r�v�ler l'existence de r�seaux sadomasochistes. Convaincu de faux t�moignages, il persiste ensuite, avant d'�tre retrouv� mort � l'h�pital.
Jean Volff
L'ancien procureur g�n�ral a �t� contraint de d�missionner avant d'�tre nomm� � la Cour de cassation. D�sign� parmi d'autres magistrats par les ex-prostitu�es, il n'est plus du tout question de lui dans le dossier

Notre commentaire : comme nous l��crivions hier o� l�affaire Al�gre est le complot le plus extraordinaire de ce si�cle. Et il faut rendre hommage aux deux anciennes prostitu�es qui, malgr� leur pass�, leur travail pr�caire, ont r�ussi � monter ce � canular �. Ou il s�agit d�un �touffement en bonne r�gle qui se passe sous les yeux d�une presse traumatis�e.

Les gendarmes ont expliqu� en quoi le rapport de l�IGPN �tait trufff� de contre-v�rit�s. Mais le plus stup�fiant est de lire les propos de l�ancien proxo qui ne l�a �t� que par bont� d��me et pendant cinq mois.

Toutes les descriptions concernant sa brutalit� ont �t� invent�es de toutes pi�ces par les victimes. Et il n�a jamais connu Patrice Al�gre. Mais de qui se fout-on ?

Les seules personnes qui vont payer seront donc les victimes. On va oublier les malheureuses jeunes femmes assassin�es deux fois puisque la justice de l��poque a jug� qu�il s�agissait de suicides. Fr�quents les suicides les mains li�es dans le dos et une culotte enfonc�e au fond de la gorge ? Toulouse est une ville �tonnante.

Pour le coup on serait tent� pour une fois d�abonder dans le sens du prox�n�te �ph�m�re et de crier � la justice de classe. Pour les riches, les indulgences. Pour les pauvres le cachot. �c�urant� En d�finitive quand nous pronostiquions que, par le plus grand des hasards bien entendu, la mutation du procureur de Nanterre, le procureur du non-lieu, allait avoir des cons�quences, nous ne nous trompions pas.

L�affaire va laisser des traces. Et le moins qu�on puisse dire c�est qu�elle n�incite pas � faire confiance � la justice de son pays.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s