Un militant nationaliste qui tol�re les gendarmes pr�f�re le juge
Nov 6, 2003
Jean-Pierre Susini, figure historique du nationalisme corse, a �t� convoqu� mardi � la gendarmerie de Borgo pour s'entendre signifier qu'il sera entendu par le juge charg� de l'enqu�te sur les violences commises en septembre contre la gendarmerie de Luri,

Jean-Pierre Susini, l'un des habitants de Luri qui a particip� au rassemblement du 11 septembre, au cours duquel la gendarmerie avait �t� cadenass�e, puis � un autre le lendemain, qui s'�tait achev� par une mini-�meute et des jets de cocktails Molotov, s'est entretenu bri�vement avec des gendarmes, avant de sortir libre, quelques minutes plus tard. Trois autres habitants �taient convoqu�s avec lui.

Jean-Pierre est cet ancien militaire, militant nationaliste au verbe hasardeux qui d�clarait depuis Luri � tol�rer les gendarmes qui viennent en Corse pour prendre nos champignons et gagner des primes �. Un aigle de l�intellectualisme insulaire. C�est aussi cet homme que l�on voit hanter les �missions de t�l�vision pour narrer l�aventure d�Aleria, sa cavale au fond du maquis et sa conception agreste de l�existence insulaire.

Une cinquantaine de militants nationalistes, dont les leaders du Parti pour la Nation Corse (PNC), Jean-Christophe Angelini, et Edmond Simeoni, du collectif A Chjama Naziunale (auquel appartient Jean-Pierre Susini), s'�taient rassembl�s devant le camp militaire de cantonnement de gendarmes mobiles � Borgo, o� les quatre hommes �taient convoqu�s.

"Je n'y comprends rien", s'est exclam� M. Susini en sortant sans �tonner grand monde. "J'ai re�u une convocation (...) Je suis venu dans un souci d'apaisement, et, une fois ici, ils me disent que je peux choisir d'�tre entendu directement par le juge d'instruction", a-t-il pr�cis�.

"J'ai choisi le juge car j'estime que les gendarmes ne peuvent �tre juges et parties dans cette affaire", a-t-il indiqu�, ajoutant qu'il serait convoqu� � une date non pr�cis�e.

Or du c�t� de la gendarmerie on affirme avoir expliqu� tr�s calmement aux quatre personnes que dans un souci d�apaisement (c�est ce que n�a pas d� comprendre monsieur Susini), elles avaient la possibilit� de s�expliquer devant le juge d�instruction.

Dans la nuit du 3 au 4 septembre, quatre jeunes de Luri ont jet� des cocktails Molotov sur la gendarmerie. Une semaine apr�s, les juges antiterroristes ordonnaient l'interpellation de sept jeunes de ce petit village, dont deux fils de M. Susini, ce qui a entra�n� le cadenassage et la mini-�meute.

Il y a une semaine, le juge antiterroriste Gilbert Thiel s'est d�clar� incomp�tent pour enqu�ter sur le r�le de deux des quatre jeunes de Luri encore en d�tention � Paris.

"Nous pensions qu'apr�s cela, l'Etat jouerait l'apaisement mais on me convoque aujourd'hui dans un camp militaire en rase campagne, c'est de la provocation", a lanc� M. Susini, accusant le gouvernement d'avoir voulu "politiser" les incidents de Luri sans craindre le paradoxe. C�est lui en effet qui avait appel� � l�aide Edmond Simeoni et Jean-Guy Talamoni, contribuant ainsi grandement � politiser un dossier qui ne l��tait pas.

De son c�t�, l�'information judiciaire portant sur les jets de cocktails Molotov sur la gendarmerie de Luri devrait prochainement �tre transmise au parquet de Bastia, a-t-on indiqu� mardi de source judiciaire.

Le juge d'instruction sp�cialis� dans la lutte antiterroriste, Gilbert Thiel, s'est en effet d�clar� incomp�tent le 28 octobre, estimant que ces faits n'�taient pas de nature terroriste mais relevaient du droit commun.

Le juge avait demand� auparavant au parquet de Paris de donner son avis sur sa comp�tence. Le parquet, contrairement au juge d'instruction, avait estim� que les jets de cocktails Molotov et l'inscription de graffitis ind�pendantistes sur la fa�ade de la gendarmerie constituaient, en l'�tat pr�sent des investigations, des faits � caract�re terroriste.

Le parquet de Paris ne s'�tait toutefois pas oppos� � la poursuite de l'instruction � Bastia.

Le parquet de Paris n'a pas fait appel de l'ordonnance du juge Thiel. Plus rien d�s lors ne s'oppose � ce que l'ensemble de la proc�dure, dans laquelle quatre jeunes sont mis en examen, ne soit transmis au parquet de Bastia.

Il reviendra au parquet de Bastia d'ouvrir � nouveau une information judiciaire qui portera, selon l'appr�ciation du parquet, sur des qualifications terroristes ou de droit commun.

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