La Corse ne compte qu�un seul quotidien. Son �ditorialiste le plus prestigieux est Jacques Renucci. Nous reproduisons son analyse de la tr�ve annonc�e dans la nuit de jeudi � vendredi.
La clandestinit� corse, si elle peut surprendre par des actions violentes et d�routantes, sait aussi �tre pr�visible, comme s'il existait plus de logique politique qu'on ne le pense derri�re les cagoules et l'apparat militaris� des conf�rences de presse nocturnes.
La tr�ve que vient de d�cr�ter le FLNC - Union des combattants appartient � ce domaine du bon sens et de la lucidit�. Dire qu'elle ouvre en grand � les portes de la paix �, selon l'expression des clandestins, est une autre affaire.
L'histoire chaotique de la violence politique insulaire est jalonn�e de ces p�riodes de r�mission, o� les bombes sont laiss�es au placard le temps que se referment les perspectives de dialogue. En g�n�ral, la tr�ve intervient comme un atout d�terminant dans des tractations occultes avec l'Etat, apr�s une p�riode paroxystique de destruction. Ainsi que le fait remarquer le FLNC, on sort aujourd'hui de ce contexte pour la premi�re fois en trente ans. Moment historique donc. Moment, comme on l'a dit, pr�visible.
En effet, s'il est question de n�gociations, c'est entre les groupes nationalistes que cela se passe, sans qu'il y ait pour autant moins d'opacit� l� que dans les arri�re-salles des minist�res. Les partis de la n�buleuse ind�pendantiste, instruits par l'exp�rience ont compris l'int�r�t qu'ils auraient � aller unis � la bataille des territoriales. Le moment est favorable : la droite et la gauche insulaires se balkanisent, exasp�r�es par des querelles de personnes et troubl�es par l'intrusion des femmes dans le jeu du pouvoir.
Le PNC, parti de la nation corse - pour ne citer que lui parmi les mod�r�s - est dispos� � l'union ; mais il a inscrit en pr�alable � sa participation � une liste commune l'arr�t des attentats politiques; les principaux int�ress�s faisaient semblant de ne rien entendre. Les cousins de l'Union des Combattants - qui composent a coalition Corsica Nazione-Indipendenza ont pris � leur tour l'initiative de la requ�te. C'�tait lundi. Le FLNC r�pond par retour du courrier, avec comme message de proximit� cette tr�ve � sans condition de lieu ni de temps �.
Les clandestins poussent donc � l'union. � court terme, pour faire un r�sultat, ou � long terme, pour l'�mergence d'un r�el projet de soci�t� ? Peu importe. En l'�tat actuel des choses, si des regroupements ne se font pas ailleurs sur l'�chiquier politique, les nationalistes ont des chances d'arriver en t�te � l'issue du premier tour des �lections territoriales.
Si tel est le cas, il faudra qu'�merge un accord entre ceux qui sont pour un ancrage strict dans le mouvement national et ceux qui seraient dispos�s � participer � une majorit� de gestion, avec les �lus (il en existe � droite comme � gauche et chez les � corsistes �) pr�ts � s'engager sur la reconnaissance du peuple corse, le pouvoir l�gislatif et la langue corse obligatoire...
Mais on n'en est pas encore l�. Le FLNC, dans ses sous-entendus, place les mouvements publics face � leurs responsabilit�s. Il n'y a plus d'obstacle de ce c�t� � ce qu'ils r�ussissent la mobilisation populaire, sur une base programmatique qui ne devrait pas poser de probl�me.
Tout cela serait parfait si le FLNC-Union des combattants avait le monopole exclusif de l'action violente. Cela n'est pas le cas, et les clandestins subissent depuis des lustres des clivages et des surench�res dont on ignore les ramifications mais dont on constate les r�sultats.
Cette tr�ve est une bonne nouvelle; celle-ci serait encore meilleure si les membres du FLNC 3, par exemple, qui ont signe ces derni�res semaines toute une s�rie d'actes destructeurs, agissaient de m�me. Mais ces jusqu'au-boutistes ont d�j� d�nonc� le c�t� selon eux factice et hypocrite de l'accord vers lequel on s'achemine - la tr�ve risque donc de s'instaurer dans la continuation des plasticages.
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