Le ministre de l'Int�rieur, Nicolas Sarkozy, a re�u � d�jeuner lundi une trentaine de femmes corses, � trois jours du d�bat qui doit s'ouvrir au S�nat sur la parit�, pour, leur a-t-il affirm�, "donner de la Corse une image d'avenir". Un r�cit de l�AFP.
Parfois les sorties de r�union avec Nicolas Sarkozy ont des allures de compte rendu du comit� central du Parti communiste. Rien que du bon, du beau. Le ministre veut "donner de la Corse une image positive, constructive, une image d'avenir". Il s'est dit "persuad� que les femmes corses vont jouer un tr�s grand r�le dans l'avenir de l'�le". R�p�tez-vous ces phrases avec l�accent de la marionnette de Sarkozy dans les � Guignols � et vous y serez. Du miel pour les participantes.
Le projet de loi sur la parit� pour les prochaines �lections � la Collectivit� territoriale de Corse devrait y "faire entrer massivement des femmes, qui passeront de 7 �lues � 25", a-t-il estim�, provoquant ainsi, selon lui, un "changement consid�rable."
M. Sarkozy a en outre promis qu�il ne laisserait pas tomber la Corse et continuerait � se battre pour faire avancer les dossiers la concernant.
Les femmes, issues des mondes politique, �conomique ou socio-culturel de l'�le, �taient les invit�es de M. Sarkozy et de son �pouse C�cilia, cause des femmes oblige. L'une d'elles, Marie-Madeleine Mozziconacci, conseill�re PRG � l'Assembl�e de Corse et prot�g�e d�Emile Zuccarelli, a pourtant estim� que "ce que la Corse attend, c'est plus de clart� dans l'action et, surtout, de la constance dans la dur�e".
Certaines ont affirm� que de la parit�, "on attend tout, les femmes ont beaucoup � faire", affirmait ainsi Marie-Jeanne Simonini, commer�ante � Corte (Haute-Corse), ou encore Ewa Poli, conservatrice et restauratrice d'art en Balagne (Haute-Corse) pour qui les femmes "ont une autre approche de la politique".
D'autres sont plus sceptiques, telle Sandrine Ceccaldi, directrice de l'a�roport d'Ajaccio qui pense que s'il y a peu de femmes �lues en Corse, c'est "autant de la faute du syst�me que des femmes elles-m�mes. Y-a-t-il, chez les femmes, un d�sir cach�" de faire de la politique? � s�est-elle demand�. Si oui, "l'offre cr�ant la demande, (la parit�) va peut-�tre susciter des vocations, mais j'en doute", regrette-t-elle car "ce qui pourrait changer les choses, c'est la volont� de tous ceux qui sont impliqu�s".
D'ailleurs, lorsque, au fur et � mesure du repas, servi dans le salon Erignac (et, ont remarqu� toutes les convives, "uniquement par des hommes!"), le ministre passe de table en table et pose la question: "qui sera candidate, parmi vous?", peu se d�clarent.
� la table "C", sur cinq femmes, une seule l�ve la main: Mme Allegrini-Simonetti, d�j� �lue. Christine Guerrini, directrice du centre r�gional d'information jeunesse de Corse, � Bastia, l'imite, mais se ravise aussit�t.
Elle s'interroge encore mais, qu'elle "y aille ou non", elle pr�vient les hommes: "on ne m'enl�vera pas la libert� de parler, de dire aux �lus ce que j'aurai � leur dire".
Dans les appareils politiques en Corse, quand on �voque la composition des listes pour les territoriales de mars, on coince souvent sur "le probl�me des femmes", une rengaine pour �voquer la "parit�", que le S�nat doit adopter jeudi en premi�re lecture, afin de coller au mode de scrutin des r�gionales.
En septembre, le d�bat "pour avis" � l'Assembl�e de Corse avait fait l'unanimit� en faveur de la parit�. Mais dans les couloirs, les hommes d�cochaient leurs fl�ches: "nivellement par le bas", "certains mettront des potiches, leur femme ou leur fille"...
"Potiche est un mot f�minin mais on a vu souvent, en Corse, que les fils ou les cousins qui +succ�daient+ � des �lus n'auraient pas usurp� le titre", ironise Marie-Ange Susini, d�l�gu�e r�gionale aux droits des femmes et � l'�galit�.
Car en Corse plus que partout ailleurs, la politique, "c'est chasse gard�e", explique-t-elle. Un certain nombre de notables ou leur prog�niture, �lus dans un fauteuil depuis des g�n�rations, seront contraints de laisser leurs places d'�ligibles sur les listes.
"Les hommes politiques, les partis, raisonnent en porteurs de voix: j'ai le maire de tel village sur ma liste, alors je peux compter sur X voix", explique la d�l�gu�e r�gionale.
"Cette loi, ce n'est pas la panac�e mais, ne crachons pas dans la soupe, ce sera quand m�me une avanc�e d�mocratique", souligne Marie-Dominique Allegrini-Simonetti, l'une des sept conseill�res � l'Assembl�e de Corse, sur 51 �lus.
Car ici, on part de tr�s bas. Cas unique en France, la Corse et ses deux d�partements ne comptent qu'une seule femme conseiller g�n�ral, Betty Tramoni, � Sart�ne (Corse-du-Sud). Et l'�le n'a jamais �lu de femme d�put�e.
Si la moyenne corse des femmes maires de petites communes d�passe la moyenne nationale (12% contre 7,5%), il n'y en n'a qu'une � la t�te d'une ville de plus de 3.500 habitants: Anne-Marie Natali, � Borgo (Haute-Corse). "Pour les petites communes, c'est la tradition depuis la guerre", explique Mme Susini: "les femmes ont souvent remplac� un mari ou un p�re, emport� dans la R�sistance".
machisme
"Sociologiquement, la femme est toujours rest�e en retrait de la vie publique, et m�me professionnelle", selon elle. Elle a �t� la derni�re de France � rentrer sur le march� du travail, "avec vingt ans de retard sur le continent": en 1975, 25,4% seulement des femmes en �ge de travailler �taient actives contre 52,2% en 1999 (recensement Insee).
Gardienne traditionnelle d'une famille longtemps �largie aux parents �g�s, coutume m�diterran�enne, soci�t� machiste, etc.: les explications "sociologiques" foisonnent.
"On peut attendre le meilleur de la parit�, les femmes sont souvent plus pragmatiques que les hommes", dit Marie-Jeanne Simonini, commer�ante � Corte (Haute-Corse).
Pour ce qui est de la violence, les femmes, avant tout des m�res, ont toujours �t� les premi�res � descendre dans la rue pour protester quand elle atteignait son paroxysme, comme lors de la guerre entre mouvements nationalistes dans les ann�es 1990 ou pour condamner l'assassinat du pr�fet Erignac en 1998.
"� l'Assembl�e de Corse, les hommes parlent comme s'ils combattaient dans l'ar�ne, ils th�orisent � l'envi. Les femmes, elles, auront tendance � s'attaquer davantage aux probl�mes concrets, au r�el", parie Mme Susini.
Mais, pr�vient Mme Allegrini-Simonetti, "pour celles qui vont s'engager, ce doit �tre un acte de volont� et pas seulement parce qu'il faut la moiti� de femmes sur les listes".
En attendant la Corse bruisse d�une rumeur insistante. Il sera demand� � un certain nombre d��lues de d�missionner de mani�re � laisser la place � un homme. Et les �lus �cart�s ont bien l�intention de � caser � leurs �pouses, s�urs et autre cousines de mani�re � pouvoir continuer de diriger la � baraque �. Le machisme a la peau dure.
Les femmes en Corse
La Corse est en retard sur le reste de la France pour ce qui concerne la place de la femme dans la soci�t� corse. Un tableau selon les chiffres de l�INSEE qui datent de 2000. Il faut souligner qu�une grande partie des archives a disparu lors de plusieurs plasticages dont les raisons n�ont jamais �t� d�voil�es au peuple corse au nom duquel ils �taient commis. Peut-�tre tout simplement la r�alit� des chiffres ne correspondait-elle aux fantasmes des plastiqueurs ? En cons�quence mieux valait tenter de casser le thermom�tre plut�t que de regarder la r�alit� en face et tenter de la gu�rir.
Sur une population de 260.000 personnes recens�es, 52% sont des femmes essentiellement � cause de la dur�e moyenne de la vie sup�rieure chez les femmes. N�anmoins avec la progression de la tabagie chez les femmes, le 50/50 devrait �tre rapidement atteint. Les femmes repr�sentent 5% des �lus corses fr�lant donc le taux des pays mulsumans ce qui n�est gu�re encourageant.
La Corse compte pr�s de 106 000 m�nages en 1999, soit 13 % de plus qu�en 1990. En dix ans, la structure des m�nages s�est fortement modifi�e dans la r�gion. Le nombre de personnes vivant seules et les familles monoparentales ont beaucoup augment� (+ 38 %). Cela touche essentiellement les femmes. Ces deux cat�gories repr�sentent d�sormais deux m�nages sur cinq. Cette �volution est plus forte sur l��le qu�au plan national. Cependant, la r�partition de la structure des m�nages reste semblable � la moyenne m�tropolitaine.
En Corse, le taux d�activit� f�minin reste le plus bas de toutes les r�gions fran�aises, malgr� une forte progression depuis 1990. En 1999, quatre emplois sur dix sont occup�s par des femmes. Elles sont aussi tr�s touch�es par le ch�mage et la pr�carit� de l�emploi.
En 1999 en Corse, pr�s de 44 400 femmes travaillent ou recherchent un emploi. Elles �taient 37 200 en 1990. Malgr� cette progression, le taux d�activit� f�minin r�gional reste moins �lev� qu�en moyenne nationale : il est de 39,2 %, contre 48,7 % pour l�ensemble de la France.
La Corse rattrape partiellement son retard par rapport au continent. Cependant ce retard est, comme en 1990, plus important aux �ges les plus �lev�s. Les modifications des comportements f�minins par rapport au march� du travail sont plus tardives dans notre r�gion qu�ailleurs.
La Corse rattrape difficilement son retard
La plupart des actives ont entre 20 et 59 ans. En 1999, le taux d�activit� f�minin � ces �ges est de 62 % sur la r�gion. Il demeure nettement inf�rieur � la moyenne nationale (74,4 %). La Corse reste la r�gion o� le taux d�activit� des femmes est le plus faible de France. L��cart avec les autres r�gions varie de presque 5 points (avec le Nord-Pas-de-Calais) � plus de 16 points (avec l�Ile-de-France).
N�anmoins, depuis 1990, l��cart avec le taux d�activit� f�minin national s�est r�duit de 2,7 points. Durant cette p�riode, le nombre de femmes actives a fortement progress� dans la r�gion : deux fois plus qu�en France continentale. Cette hausse est �galement trois fois plus importante que celle de la population f�minine r�gionale correspondante.
Le taux d�activit� f�minin progresse fortement
C�est entre 25 et 39 ans que le taux d�activit� des femmes dans la r�gion est le plus �lev�. Plus de sept femmes sur dix sont pr�sentes sur le march� du travail. � partir de 45 ans, cette proportion est moins grande (six femmes sur dix) et continue de chuter apr�s 50 ans. Entre 55 et 59 ans, moins de quatre femmes sur dix sont actives.
La g�n�ralisation et la poursuite d��tudes plus longues retardent l�entr�e des jeunes sur le march� de l�emploi. Ainsi, entre 20 et 24 ans, l�activit� f�minine est relativement faible et concerne une jeune sur deux.
Entre 1990 et 1999, le taux d�activit� f�minin augmente fortement pour toutes les tranches d��ge (entre 7 et 12 points), except� celle des 20-24 ans o� il diminue et celle des 25-29 ans o� il reste stable. En fait, ce taux a le plus augment� aux �ges o� l��cart avec le taux national �tait le plus important en 1990.
L��cart avec les hommes reste important
La disparit� avec les hommes reste encore fortement accentu�e en Corse. En 1999, le taux d�activit� des hommes de 20 � 59 ans est sup�rieur de 21 points � celui des femmes.
La Corse reste la r�gion o� l��cart du taux d�activit� entre les deux sexes est le plus important, juste derri�re le Nord-Pas-de-Calais. N�anmoins, elle est aussi la r�gion o� l��cart s�est le plus r�duit depuis 1990, deux fois plus qu�en moyenne nationale (9,9 points contre 5,5 points).
Depuis dix ans, les taux d�activit� ont �volu� diff�remment selon le sexe : celui des femmes a augment� de 7,3 points, alors que celui des hommes a baiss� de 2,6 points. Cette tendance se retrouve au niveau national, mais � un degr� moindre (le taux d�activit� f�minin a augment� de 4,6 points tandis que celui des hommes a diminu� de 1 point).
Quatre emplois sur dix sont f�minins
Sur les 42 800 femmes actives de 20 � 59 ans, 33 700 occupent un emploi, soit pr�s de quatre femmes actives sur cinq. Elles sont pour la plupart salari�es (86 %), principalement en contrat � dur�e ind�termin�e (41 %) ou titulaires de la fonction publique (29 %).
Chez les non salari�s, plus de 4 000 femmes travaillent � leur compte. Parmi elles, deux sur cinq emploient des salari�s. La proportion de femmes non salari�es dans l�emploi f�minin est par ailleurs plus �lev�e en Corse que sur le continent (14 % contre 9 %).
Les femmes occupent en Corse quatre emplois sur dix. C�est entre 25 et 40 ans que la part des emplois tenus par des femmes est la plus importante (45 %).
Cons�quence du vieillissement de la population, la proportion de femmes �g�es de 45 � 59 ans dans l�emploi f�minin est plus �lev�e qu�en 1990. Cette tranche d��ge repr�sente un tiers des femmes travaillant en Corse, contre un quart il y a dix ans. D�ailleurs, la moyenne d��ge des femmes ayant un travail a augment� de deux ans depuis 1990 ; elle est de 40 ans en 1999.
La pr�carit� de l�emploi concerne les plus jeunes
Pr�s de 5 600 femmes occupent un emploi dont la durabilit� n�est pas garantie. Parmi elles, deux sur trois ont un contrat � dur�e d�termin�e et pr�s d�une sur trois, un emploi aid� (contrat emploi solidarit�, emploi jeune...). Viennent ensuite les stagiaires r�mun�r�es et les apprenties sous contrat.
L�emploi pr�caire est surtout fr�quent chez les plus jeunes : il concerne pr�s de trois femmes de moins 25 ans sur cinq. Il reste r�pandu chez les 25-29 ans et se rar�fie aux �ges plus �lev�s.
Les trois quarts des emplois � temps partiel sont f�minins. Ce mode de travail est nettement plus fr�quent chez elles que chez les hommes. Elles sont 25 % � temps partiel, contre seulement 5 % des hommes. La moiti� des femmes � temps partiel travaillent � mi-temps ou font moins d�un mi-temps. Le temps partiel f�minin est toutefois moins r�pandu en Corse qu�en moyenne nationale (30 %).
Une femme sur cinq se d�clare ch�meuse
Les femmes corses sont plus touch�es par le ch�mage que leurs homologues continentales. En 1999 dans la r�gion, 20 % des actives se sont d�clar� � ch�meuses �, contre 15 % en France. Les plus jeunes sont les plus durement frapp�es. Parmi les actives de moins de 25 ans, 41 % se sont d�clar�es comme ch�meuse. Le taux de ch�mage au sens du recensement baisse avec l��ge : apr�s 45 ans, il s��tablit � 13,5 %. Ces diff�rences selon l��ge se retrouvent aussi chez les hommes mais dans des proportions moindres.
Le ch�mage est toutefois moins concentr� sur les plus jeunes qu�il y a dix ans. Ceci est sans doute en partie li� � l�allongement de la dur�e des �tudes. En 1990, pr�s de la moiti� des ch�meuses avaient moins de 30 ans. Elles n�en repr�sentent plus en 1999 que le tiers. � l�inverse, 20 % des ch�meuses ont plus de 45 ans, contre 12 % dix ans plus t�t.
Chez les ch�meurs, l�effectif f�minin est l�g�rement plus �lev� que celui des hommes. Mais c�est entre 25 et 35 ans que la part des femmes est la plus grande et concerne pr�s de six ch�meurs sur dix. Apr�s 50 ans, seulement le tiers des ch�meurs sont de sexe f�minin.
Les plus dipl�m�es sont les premi�res � travailler
La part des femmes ayant un emploi dans la population active f�minine s�accro�t nettement d�s qu�elles poss�dent un baccalaur�at g�n�ral ou technologique. Les actives qui ont un dipl�me universitaire travaillent dans neuf cas sur dix.
TOUT LE DOSSIER CORSE
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