� Entre les �tats-Unis et l�Arabie Saoudite ce sera une guerre de trente ans �
Oct 28, 2003

Nous avons fait �tat de l�accord secret entre le Pakistan et l�Arabie Saoudite mais aussi de l�implication de nombreux Saoudiens dans la constitution d�Al Qaida. Voici un nouvel �l�ment � verser au dossier. Il a �t� publi� par Paris-Match.

II a fallu quinze ans pour que la Libye de Kadhafi reconnaisse son implication dans les attentats contre les vols de la PanAm et d'U.t.a. Combien d'ann�es faudra-t-il pour que l'Arabie Saoudite admette ses responsabilit�s dans ceux du 11 septembre - il y avait 15 Saoudiens parmi les 19 terroristes? C'est une des questions que pose, dans son livre, Laurent Murawiec. Il est le Fran�ais qui a d�fi� Colin Powell avant Villepin. Non pas parce qu'il s'opposait � la guerre contre l'Irak,mais parce qu'il consid�re que l'Am�rique se trompe d'ennemi en ne d�non�ant pas ses liaisons incestueuses avec l'Arabie Saoudite et son bras arm� Ben Laden. II n'a pas fait ce diagnostic devant n'importe qui: en tant que seul sp�cialiste de g�ostrat�gie fran�ais � avoir �t� coopt� par la Rand Corporation, c'est au Pentagone directement qu'il conseillait, en juillet 2002, de �d�-saoudiser � l'Arabie. frois jours pins tard, il �tait vir�...


Paris Match. Le 10juillet 2002, vous avez pr�sent� au Pentagone un rapport intitul� "D�-saoudiser l'Arabie". Qu'entendiez-vous par l�?

Laurent Murawiec. J'ai propos� que le gouvernement am�ricain adresse un ultimatum � l�Arabie Saoudite. C�est-�-dire que l�ensemble des organisations saoudiennes qui contribuent au terrorisme international soit interdit et expropri�es, que leurs responsables soient interrog�s, jug�s et mis en prison. Et qu'il en soit de m�me pour les organisations charitables qui financent le terrorisme.

Je recommandais que les v�ritables responsables de toute cette structure terroriste soient extrad�s et jug�s aux �tats-Unis. Les services secrets saoudiens doivent �tre purg�s. Ce sont eux qui ont organis� et arm� les troupes du "djihad" � l'�chelle internationale. Et si, comme c'est le cas, un grand nombre de membres de la famille royale saoudienne sont impliqu�s, il n'y a aucune raison qu'une immunit� quelconque leur soit donn�e.

Les pr�dicateurs, les sermons et pr�ches incendiaires, les manuels scolaires et les livres qui sont distribu�s par millions dans le monde, tout cela doit cesser. Je recommandais de mettre les Saoudiens face � leurs responsabilit�s. "Soit vous traitez le probl�me par vous-m�mes, soit nous nous en chargerons.


P.M. Vous d�peignez dans le livre une famille r�gnante "inculte et corrompue", les Al-Saoud, qui utilise sa fortune colossale pour, d'un c�t�, acheter le monde occidental depuis cinquante ans, et de l'autre r�pandre le wahhabisme et soutenir le terrorisme international. Pourquoi, selon vous, l'Arabie Saoudite est-elle rest�e si longtemps un tabou � Washington?


L.M. La manne p�troli�re per�ue par la famille Al-Saoud depuis 1973 se monte � 2000 milliards de dollars. Il faut y ajouter les int�r�ts des comptes bancaires, les dividendes, etc. Avec des sommes aussi consid�rables - cela fait 80 milliards de dollars par an, soit le P.i.b. d'un pays comme la Colombie - le potentiel d'achat d'institutions, d'organisations et de personnes est �norme.

La famille Al-Saoud excelle dans l'art de la survie politique. C'est son unique talent, avec celui de la consommation. Ses membres ont parfaitement compris qu'ils avaient besoin d'un lobby puissant � Washington qui les d�fende. Il est aujourd'hui le lobby le plus centralis� et le plus efficace � Washington.

Et ils s'en vantent. Ils font des faveurs consid�rables � des ambassadeurs, � des hommes des services de renseignement, � des membres du gouvernement et de l'administration, � des journalistes et � des hommes d'affaires. Ils le disent ouvertement et ils attendent un paiement pour services rendus. Cela fait trente ans que �a dure.


P.M. Vous faites, trait pour trait, le m�me diagnostic sur l'Arabie que Robert Baer, un ancien officier de terrain de la C.i.a., dans son livre "Or noir et Maison-Blanche". Comment avez-vous fait pour enqu�ter?

L.M. Je ne peux pas me rendre en Arabie Saoudite. Pas de visa pour les Juifs! J'ai parl� � des dissidents saoudiens et � des Arabes qui y ont travaill�. J'ai interrog� des officiers am�ricains, fran�ais et autres qui ont jou� un r�le dans la formation militaire dans ce pays. Des amis arabes opposants � cette conqu�te du monde par le wahhabisme m'ont �t� d'une aide pr�cieuse ainsi que certains ministres de gouvernements arabes qui n'ont pas tenu � ce que je mentionne leur nom. Voyant que je voulais rompre le tabou, des personnes au sein m�me de l'administration am�ricaine m'ont aid�.


P.M. Les cons�quences de votre rapport furent disproportionn�es. D'abord, un mois apr�s, vous avez d� quitter la Rand Corporation, le prestigieux "think tank" du Pentagone pour lequel vous travailliez. Ensuite, Colin Powell a appel� son homologue saoudien pour le rassurer. George Bush a fait de m�me avec le prince h�riter Abdallah, expliquant qu'il rejetait vos conclusions. M�me le minist�re des Affaires �trang�res fran�ais vous reniait. Vous n'�tiez pourtant ni ministre ni ambassadeur. Existe-t-il une omerta internationale sur le probl�me saoudien?


LM. L'Arabie Saoudite a �t� taboue de 1973 au 11 septembre 2001. L'Occident a fait toutes les courbettes possibles en direction de la famille r�gnante. Ministres des Affaires �trang�res, patrons de grandes soci�t�s, grands journalistes, tout le monde s'est pr�cipit� pour faire all�geance � Riyad. Quand la France et les pays occidentaux lui vendaient des �quipements militaires, les pots-de-vin int�gr�s au prix du mat�riel se montaient jusqu'� 40 % du prix d'achat. On ne mord pas la main qui vous nourrit.


RM. Il y a longtemps que l'Arabie a expuls� Ben Laden qui, selon l'un de ses lieutenants, arr�t�, Khalid Cheikh Mohammed, a choisi volontairement 15 Saoudiens parmi les 19 terroristes du 11 septembre pour provoquer une faille entre son pays d'origine et les �tats-Unis. Le magazine "Time" d�crit comment Riyad tait aujourd'hui la chasse � Al-Qa�da sur son territoire. Les Saoudiens ont soutenu les guerres en Afghanistan et en Irak. N'est-ce pas l� des signes visibles d'un changement dans le royaume?


L.M. Il y a une vraie diff�rence entre Ben Laden et la famille royale saoudienne. Ben Laden est maigre et les Al-Saoud sont gros. Ben Laden est un fanatique jeune et fi�vreux. Les autres sont des fanatiques repus. Il y a une diff�rence tactique entre Ben Laden, qui veut la d�r�gulation du terrorisme, et la famille royale qui veut sa r�gulation pour pouvoir continuer � en �tre le ma�tre. Ben Laden leur dit "J'accepte votre argent, mais c'est moi qui d�cide." C'est la seule diff�rence qui existe entre eux.

La collaboration de l'Arabie Saoudite dans la lutte contre le terrorisme est une farce sinistre. Quiconque a fait le moindre travail en mati�re de lutte contre le terrorisme sait qu'elle est au coeur du probl�me. Il existe une complicit� directe de membres de la famille r�gnante dans le financement, l'accueil et l'infrastructure pour les conjur�s du 11 septembre. La liste des activit�s terroristes sous leur patronage est impressionnante. Je propose qu'on nomme Al-Qa�da par son vrai nom. C'est l'arm�e du djihad ou celle du prince Turki Al-Fay�al qui a �t� pendant vingt-cinq ans le patron des services secrets saoudiens.

C'est lui qui a mis sur pied toute cette structure. Ben Laden n'est qu'un de ses lieutenants de terrain. Depuis quinze ans, Ben Laden d�signe la famille Al-Saoud comme des ennemis et prof�re des menaces contre eux. Mais y a-t-il un seul exemple d'un prince de la famille royale saoudienne qui ait �t� attaqu� par lui? Non. Pas une seule ambassade, pas une seule r�sidence. Rien.

Leurs appartements de luxe, leurs palais � New York, � Aspen dans le Colorado, en Floride, � Paris, � Marbella sont ce que les sp�cialistes du terrorisme appellent des "cibles molles", tr�s faciles � atteindre. Ben Laden et son organisation n'ont jamais rien tent� contre elles.


P.M. L'Arabie a pourtant �t� touch�e sur son sol, au c�ur de sa capitale, par Al-Oa�da en mai dernier.


L.M. Oui, mais comme d'habitude, ce sont surtout des Am�ricains et des Anglais qui ont �t� touch�s, comme dans la quasi-totalit� des attentats qui se sont produits en Arabie Saoudite depuis dix ans.


P.M. L'administration Bush, en pointe sur la guerre contre le terrorisme, semble jusqu'� pr�sent avoir ignor� cette menace. Pensez-vous que cela provienne, comme l'indique un article du mensuel "Vanity Fair", d'une collusion plus ancienne entre le clan Bush et les princes d'Arabie Saoudite?


L.M. Je fais une diff�rence tr�s nette entre Bush p�re et Bush fils. D'un point de vue moral et strat�gique, ce n'est pas le m�me type d'homme. Le pr�sident actuel est compl�tement engag� dans la lutte contre le terrorisme. Cependant il est aux prises avec un h�ritage qui n'est pas seulement celui de son p�re mais aussi des hommes de son p�re, Brent Scowcroft, James Baker et Colin Powell.

Depuis 1945, il existe un pacte entre les �tats-Unis et l'Arabie Saoudite. Il fallait prot�ger la "station-service" et les propri�taires fonciers des environs. C'�tait le c�ur de la politique am�ricaine au Moyen-Orient. � partir de 1973, et surtout en 1978, avec les deux chocs p�troliers, les bases de cette politique ont commenc� � s'effilocher. On ne pouvait plus faire confiance � l'Arabie pour un approvisionnement en p�trole assur� � des prix de march�. Avec la fin de la premi�re guerre d'Afghanistan et la d�faite des Sovi�tiques, le motif anticommuniste a disparu.

Le djihad universel a mis un point final � notre relation avec les Saoudiens. Seulement, quand on a suivi une politique et une strat�gie pendant cinquante ans, elle est incarn�e par des hommes, des carri�res, des institutions et des doctrines qui mettent du temps � s'estomper. � l'heure actuelle, cette attitude est remise en cause par une partie croissante de l'administration. Mais je crois que le pr�sident h�site encore � rompre.


P.M. Le m�me journal rapporte que, deux jours apr�s le 11 septembre, 140 Saoudiens, dont des membres de la famille Ben Laden, �taient exfiltr�s des �tats-Unis avec la b�n�diction des autorit�s, sans �tre interrog�s et par avion, alors qu'aucun vol n'�tait autoris� dans le ciel am�ricain � cette date. Ces informations vous semblentelles cr�dibles?


L.M. Il n'y a aucune contestation sur le fait que le F.b.i., sur instructions sup�rieures, a permis � ce vol d'avoir lieu.


P.M. Donc avec l'approbation de la Maison-Blanche?


L.M. Plut�t avec l'approbation de quelqu'un au d�partement d'�tat, ce qui n'a rien d'�tonnant puisqu'il est la forteresse du lobby saoudien. On dit souvent que ce sont les "p�troliers" qui soutiennent les Saoudiens mais ce n'est pas exact, en tout cas pas pour tous les p�troliers.


P.M. On dit que vous exprimez tout haut la position sur l'Arabie Saoudite de Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, du vice-pr�sident Dick Cheney et des faucons de l'administration.


L.M. Les �tiquettes de "faucon" ou de "n�o-conservateur" ne me g�nent pas du tout. J'ai beaucoup de sympathie pour eux et je crois qu'ils en ont aussi pour moi.


P.M. Pourtant Donald Rumsfeld ne vous a pas soutenu apr�s la publication de votre rapport.


L.M. J'imagine qu'il fallait d�fendre la ligne du parti. � l��poque, et face � la pol�mique, il ajuste dit "Ces vues ne sont pas partag�es par une majorit� au sein du d�partement de la D�fense." C'�tait une mani�re de prendre ses distances d'un point de vue formel. Il a surtout critiqu� la "fuite" plut�t que son contenu. Apr�s tout, chacun son boulot. Moi je suis un analyste et j'ai mis en avant une analyse. Rumsfeld est ministre de la Guerre. Il ne r�pond pas aux m�mes n�cessit�s.


P.M. Justement. � propos de guerre, votre livre s'appelle "La guerre d'apr�s". Est-ce � dire qu'apr�s l'Irak le prochain sur la liste est l'Arabie Saoudite?


L.M. Parlons de ce qu'est le terrorisme. L'expression "guerre contre le terrorisme" ne convient pas � mon avis. Le terrorisme est un instrument. Ce n'est ni un programme ni une id�ologie. Le terrorisme, c'est l'arme collective choisie par le monde arabo-musulman pour faire la guerre � l'Occident sur une p�riode de trente ans.

Comme dans un jeu de cartes, il y a dans ce terrorisme quatre as qui sont: l'Arabie Saoudite, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Et puis, il a un joker, c'est l'Autorit� palestinienne. Cet ensemble est plus n�buleux que structur�. Le probl�me du Moyen-Orient vient de l�. Admettons qu'un Gorbatchev saoudien apparaisse, m�me si c'est tr�s improbable. S'il dit � ses commensaux : � �coutez, cette fois, nous n'avons pas le choix, il faut en passer par ce que disent les Am�ricains, sinon nous n'allons pas survivre".

Il faudra qu'ils livrent les personnes suspectes des services de renseignement, des organisations dites charitables et qu�ils arr�tent d'exporter les pr�dicateurs incendiaires du wahhabisme. Si cela ne se produit pas, il faudra agir. J'avais pr�conis� des moyens pour passer � l'action. L'Arabie est un empire extr�mement vuln�rable, avec des composantes tr�s r�centes. Ce n'est pas une nation. C'est un empire plus jeune que l'ex-Yougoslavie, avec des populations allog�nes, dont des Chiites et des Y�m�nites qui n'ont pas oubli� leur pass�. Le gouvernement est tr�s fragile. Il a besoin de mercenaires pour se d�fendre et il d�pend presque exclusivement des courbettes qu'on lui manifeste pour assurer sa survie.

Avant le 11 septembre, on pouvait vivre avec les probl�mes que pose l'Arabie. Depuis, on ne peut plus vivre avec, on peut mourir avec. Cette guerre ne serait pas comme la guerre en Irak, il faudrait une demi-heure � peine pour occuper les champs p�troliers.


P.M. Lorsque vous pr�niez ces mesures au Pentagone en juillet 2002, la guerre en Irak �tait encore loin. N'avez-vous pas le sentiment, apr�s coup, que les �tats-Unis se sont tromp�s d'ennemi? Apr�s tout, les liens entre Saddam Hussein et Al-Qa�da ne sont toujours pas �tablis.


L.M. Pas du tout. Quand les Alli�s se sont attaqu�s � l'Axe pendant la Seconde Guerre mondiale, ils n'ont pas commenc� par Berlin mais par l'Afrique du Nord, la M�diterran�e, puis les d�barquements en France. Contre le Japon, ils ont commenc� par reconqu�rir les �les du Pacifique.

Ainsi on n'aurait pas pu commencer par l'Arabie Saoudite. De m�me que l'Iran n'est pas une cible militaire mais une cible politique parce que 80% de la population iranienne veut se d�barrasser des ayatollahs. Pour ce pays, la perspective antiterroriste est d'accorder un soutien � la population et � l'opposition iranienne. Apr�s le 11 septembre, il fallait d'abord d�sanctuariser l'Afghanistan pour mobiliser.

Cette guerre est une guerre de longue haleine. Elle ressemble davantage � la guerre froide qui a dur� cinquante ans qu'� la Premi�re ou � la Seconde Guerre mondiale. Il fallait ensuite un moyen d'entrer au Moyen-Orient. Ce fut l'Irak. Car Al-Qa�da, au fond, n'est que le visage et l'expression du probl�me. Le probl�me, c'est qu'il existe une r�gion du globe avec 250 millions d'habitants qui est m�di�vale et qui veut le rester. Elle a manqu� la r�volution industrielle, elle est en train de manquer la r�volution num�rique. Elle est dans une stagnation
lente.

Cette r�gion empoisonne le monde en fabriquant du terrorisme � jet continu et en l'exp�diant � l'ext�rieur. Il fallait se d�barrasser d'abord de Saddam Hussein car personne n�aurait pris les Am�ricains au s�rieux s'ils ne l'avaient pas fait.

Cette guerre doit ensuite proc�der par �tapes. L'Irak �tait la porte d�entr�e. On parle avec beaucoup plus d'autorit� si on est victorieux � Bagdad que si on crie de Washington.


P.M. Vous pensez que ricains seront victorieux � Bagdad rapidement?


L.M. Oui. H�las, le r�tablissement d�une centrale �lectrique ne fait pas la premi�re page des journaux, un attentat, si. Le traitement m�diatique ne souligne que les difficult�s. Mais rappelez-vous, au d�but du conflit tous ces analystes fran�ais qui parlaient de l�enlisement de l'arm�e am�ricaine au bout de trois jours. Aujourd'hui, tous ceux qui parlent de d�faite des Am�ricains se trompent.


P.M. Le prince h�ritier Abdallah s'est rendu pour la premi�re fois � Moscou, o� il a rencontr� Vladimir Pouline. Que vous inspire pour l'avenir cette rencontre entre deux acteurs fondamentaux du monde du p�trole?


L.M. Ce sont deux pays unis, dont les �conomies, sans une grande vigueur, jouissent d'une rente p�troli�re. Les Russes infiniment plus �volu�s que les Saoudiens qui sont au degr� z�ro, mais cet aspect de rente peut les rapprocher. Poutine a peut-�tre profit� de ce d�placement pour sugg�rer au prince saoudien d'arr�ter de financer les extr�mistes tch�tch�nes. Les Russes d�noncent sans arr�t l'action wahhabite en Tch�tch�nie.


P.M. � moins de trouver une alternative au moteur � explosion, l'Occident reste condamn� � courtiser l'Arabie Saoudite qui poss�de 25% des r�serves mondiales.


LM. Ce n'est pas une condamnation � perp�tuit�. Il y a une �conomie de l'hydrog�ne qui s'annonce. C'est la prochaine �tape. Quand ces nouvelles techniques seront l�, au lieu de se fonder sur une mati�re fossile distribu�e sur terre de fa�on in�gale, on s'appuiera sur une mati�re universelle ou presque.


P.M. Mais ce sont des �ch�ances longues: quinze, vingt, trente ans!


LM. Mais cette guerre aussi va durer trente ans. Ce qu'il faut consid�rer aujourd'hui, ce sont les approvisionnements en p�trole. Il y a le reste du Golfe, y compris l'Irak. Il y a la mer Caspienne, c�t� russe et c�t� des r�publiques d'Asie centrale. Il y a l'Alaska, l'immense r�servoir de p�trole du golfe de Guin�e, le Mexique et le Venezuela.

Le p�trole du Golfe reste le moins cher du monde � extraire. Donc on ne tient pas � le perdre. Un changement de r�gime en Arabie Saoudite est envisageable. Il y a deux ans, le prince h�ritier Abdallah se rendait � New York. Avec tout l'amour qu'il porte � l'Am�rique, il annon�ait dans l'avion � un journaliste du � New York Times � qu'il �tait pr�t � lancer un nouvel embargo p�trolier contre les �tats-Unis. Les gens qui parlent ainsi se d�clarent ennemis strat�giques des �tats-Unis et ne doivent pas s'�tonner, apr�s, qu'on les traite en ennemis.


P.M. � l'heure o� nous parlons, les traite-t-on en ennemis?


L.M. Ils �taient nagu�re des partenaires. Ce sont maintenant des gens qu'on regarde d'un �il tr�s soup�onneux. On regarde tout ce qu'ils font. Comme les joueurs de trictrac, on n'�coute pas ce qu'ils disent, on regarde ce que font leurs doigts. Cela r�sume assez bien la position des �tats-Unis � l'heure actuelle.


P.M. Votre livre va-t-il para�tre un jour aux �tats-Unis?


L.M. Il para�t d'abord en France. �
(Interview R�gis Le Sommier)

Extraits de � La guerre d'apr�s � de Laurent Murawiec, �d. Albin Michel

50 millions de dollars pour un centre islamique � Rome

� Le montant des efforts consentis par le roi Fahd (�) est astronomique et doit �tre chiffr� en milliards de riyals.� L'Arabie Saoudite a financ� tout ou partie de 210 centres islamiques, dans le monde, de 1 500 mosqu�es, de 210 coll�ges islamiques et de 2 000 �coles, nous apprend le 31janvier 2003 �Ain-al-Yaqeen�, journal saoudien officieux. (�)

Le roi Fahd a personnellement vers� 50 millions de dollars pour le Centre islamique de Rome, mosqu�e comprise, pied de nez au Vatican, alors qu'il est non seulement interdit de construire une �glise en Arabic Saoudite, mais que la tenue d'un office divin y est ill�gale et s�v�rement r�prim�e!


L'Arabie Saoudite n'a besoin que d'ogives et. de missiles pour devenir une puissance nucl�aire

Trente ans de saoudisation ont atomis�, liqu�fi� le Pakistan, bombe d�mographique et politico-religieuse, puissance nucl�aire de surcro�t. C'est l'Arabie Saoudite qui a financ� le d�veloppement par le Pakistan d'une �bombe (atomique) islamique�.

� L'Arabie Saoudite participe au financement des programmes d'achat de technologies nucl�aires et balistiques � la Chine, ce qui a fait du Pakistan un �tat producteur d'armes nucl�aires et un �tat prolif�rateur�, �crivait un ancien responsable de la D.i.a., l'Agence de renseignement des forces arm�es am�ricaines.

� Riyad, ajoutait-il, est probablement en train d'acheter � la Chine une capacit� nucl�aire par le truchement d'un pays interm�diaire, le Pakistan�. L'auteur, Thomas Woodrow, pr�cise que le ministre saoudien de la D�fense, le prince Sultan. � a inspect� l'usine d'enrichissement (l'uranium et l'usine de Kahuta o� sont produits les missiles (balistiques)� et rapportait sa pr�sence tant lors des essais nucl�aires pakistanais que lors du lancement du missile � Ghauri� � capacit� d�emport nucl�aire.

L'Arabie Saoudite a pay� la Chine pour que celle-ci r�troc�de les technologies au Pakistan. Dans ce cadre, des techniciens chinois sont au travail an Pakistan. �Si l'influence de Riyad sur le Pakistan inclut le programme nucl�aire, l'Arabie Saoudite pourrait rapidement devenir une puissance nucl�aire de facto, puisqu'elle n'aurait besoin que de se faire envoyer les missiles et les ogives nucl�aires.�

Les ambassadeurs am�ricains en Arabie Saoudite ne parlent jamais l'arabe

Les ex-ambassadeurs am�ricains en Arabie Saoudite ont des tr�sors de compr�hension pour les moindres humeurs des puissants d'Arabie. Richard Murphy, qui passa pr�s de trois ans � Riyad, faisait �tat des �sentiments angoiss�s� du prince h�ritier Abdallah face � la � crise humanitaire � dans laquelle �taient plong�s les Palestiniens,ce qui explique sans doute la collecte de 50 millions de dollars pour financer les op�rations suicides en Isra�l au cours d'un T�l�thon de la t�l�vision saoudienne.

Quand l�ambassadeur saoudien en Grande-Bretagne se permit d'insulter le pr�sident Bush, Murphy lui trouva toutes les justifications du monde. Il approuva aussi le financement des op�rations suicides contre les civils isra�liens. (�) Les ambassadeurs am�ricains en Arabie Saoudite ne parlent jamais l'arabe.

C'est du moins le cas depuis le limogeage de l'ambassadeur Hume Horan [sous la pr�sidence Reagan � la demande du roi Fahd]. L'ambassadeur Horan fut remplac� � la vitesse de l'�clair par l'obs�quieux Cutler qui, lui, ne parlait pas un mot d'arabe.

�Nous nous sommes couch�s. Ce fut la fin de la moindre influence de l'ambassadeur des �tats-Unis � Riyad �, se lamente � juste titre Horan.

200 millions de dollars � Ben Laden

Un ministre des Affaires �trang�res arabe [m'avait confirm�] une information dont bruissaient depuis longtemps les milieux internationaux du renseignement: un deal aurait �t� pass� entre Oussama Ben Laden et la famille royale, repr�sent�e en l'occurrence par son chef adjoint du General Intelligence Directorate (le prince Turki), qui d�missionnera douze jours avant les attentats du 11 septembre, apr�s vingt-six ans de service - belle long�vit� professionnelle, excellent sens du timing pour prendre la porte.

Contre une somme de 200 millions de dollars, rapportait le ministre, il aurait �t� demand� et obtenu de Ben Laden que rien ne soit intent� contre l'Arabie Saoudite, laissant par contre une libert� d'action enti�re au fils prodigue pour aller semer la temp�te aux quatre coins du monde.


La princesse et les pirates de l'air

� la mi-d�cembre 2002 �Newsweek� faisait �clater une petite bombe: la coquette somme de 130 000 dollars avait �t� vers�e, au d�but de 2000, du compte en banque de la princesse Hayfa Al-Fay�al, �pouse de l'ambassadeur saoudien aux �tats-Unis, le prince Bandar - en fait, le �ministre des Affaires am�ricaines� de l�Arabie Saoudite -, � celui d'Omar Al-Bayoumi, ��tudiant� saoudien de San Diego en Californie.

L'�tudiant, qui avait longtemps travaill� au minist�re de la D�fense saoudien, accueillit ensuite � l'a�roport deux des pirates de l'air du 11 septembre, les aida � s'installer et � s'acclimater. Il semble qu'Al-Bayoumi ait �t� un agent du renseignement militaire saoudien.(�) L'argent fourni par l'obligeante princesse �tait alors pass�, Dieu sait comment,dans la poche des futurs pirates de l'air.


Wabbab et Saoud, l'alliance de la rapine et du djihad

L�islam est une religion, le wahhabisme est une id�ologie.(�)Vers le milieu du XVIIIe si�cle, Muhammad ibn Abd Al-Wahhab se fit peu � peu une r�putation de z�lote destructeur, et se chercha un partenaire guerrier qui se sp�cialisa dans la profanation, le pillage et la destruction des tombes des compagnons du Proph�te.

Autre titre de gloire: il r�tablit la lapidation des femmes pour adult�re ou �fornication�, terrorisant ainsi le voisinage par ses exploits.

Ayant encouru les foudres du chef tribal le plus important de la contr�e, Ihn Abd Al-Wahhab se r�fugia � Al-Diriya, en 1744. C'est l� qu'il rencontra le petit �mir local, Muhammad ibn Saoud. On se connut, on se comprit, on fit affaire: Wahhab allait sanctifier Saoud et mobiliser pour lui, Saoud allait r�pandre Wahhab.

La rapine et le � jihad � s'unissaient devant Dieu. Le � ghazou �, origine du mot razzia, devenait sacr�.(�)

Ce qui frappe d�s l'abord dans la doctrine promulgu�e par
Al-Wahhb, c'est l'interminable liste des actions, gestes, pens�es prohib�s, condamn�s, interdits, r�pr�hensibles, dangereux. (�)

Tout ce qui rel�ve de l' � innovation � est �h�r�sie�. (�) Ainsi sont les wahhabites: ils ont comme les yeux � l'envers, s'ouvrant � l'int�rieur du cr�ne et non � l'ext�rieur. Ils ne voient que leur propre paysage int�rieur. Le monde n'existe pas, sauf comme enfer.



MURAWIEC: D'UN INSTITUT L'AUTRE

Avec un budget annuel de 160 millions de dollars, la RAND CORPORATION, d'o� Murawiec a �t� � remerci� en 2002, est le plus grand centre de recherches strat�giques et militaires dans le monde. Fond� peu apr�s la Seconde Guerre mondiale, cet institut compte 1 500 employ�s dont 800 chercheurs. Donald Rumsfeld et Condoleezza Rice en furent administrateurs.

Il est consid�r� comme un � think tank� puissant qui, depuis des ann�es, pr�ne l'augmentation des budgets militaires. L'INSTITUT HUDSON, qui a accueilli l'analyste fran�ais, a �t� pionnier dans la recherche futurologique. Raymond Aron en fut cofondateur, avec Herman Kahn et le sociologue Daniel Bell. Sa notori�t� vient surtout de ses travaux innovants en mati�re de g�opolitique et de soci�t�.

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s