Les nationalistes distribuent leurs premi�res "cartes d'identit� corses"
Lundi, 7 avril 2003
Les nationalistes distribueront fin avril les premi�res "cartes d'identit� corses", destin�es au "corps �lectoral" d'une future "assembl�e nationale corse", selon Maurice Giudicelli, un des ma�tres d'�uvre de ce projet, d�nu� de valeur l�gale, que porte essentiellement le mouvement Indipendenza, dont beaucoup de membres sont �galement au FLNC Union des Combattants.
"Ces cartes auront le format d'une carte bancaire, seront plastifi�es et frapp�es des armoiries de Pascal Paoli, p�re de la nation corse", explique ce responsable d'Indipendenza. "Elles porteront le nom, la photo et la signature du titulaire ainsi qu'un code-barres qui permettra notamment aux Corses de la diaspora de voter par Internet", pr�cise Maurice Giudicelli, l'un des dirigeants d'Indipendenza.
"Nous avons enregistr� plusieurs milliers de demandes", affirme le militant nationaliste, pr�cisant qu'un premier bilan chiffr� sera r�alis� en octobre. Les quelques milliers de demandes sont � coup s�r une d�ception pour un mouvement qui esp�rait que l'inscription en vue de la Consulte naziunale corse ressemblerait � un raz-de-mar�e. Les premiers chiffres esp�r�s �taient plut�t de l'ordre des dizaines de milliers puisqu'en 1992 l'ensemble des forces nationalistes avait comptabilis� pr�s de 25.000 voix.
"Si ces cartes ne sont pas reconnues par l'�tat fran�ais, elles le seront par le peuple corse", dit le militant, pour lequel il ne s'agit pas d'un gadget mais d'une �tape dans "la mise en route de la nation corse". Reste � savoir la d�finition que les nationalistes donnent du peuple corse. Est-ce leur propre �lectorat qui aujourd'hui ne repr�sente gu�re plus de 10% des suffrages exprim�s c'est-�-dire environ 7% du corps �lectoral ou sont-ce aussi les 90% qui ne votent pas pour eux ?
La constitution du "corps �lectoral de la nation corse" est consid�r�e comme "la premi�re �tape concr�te" de la mise en place de la "cunsulta naziunale" (Assembl�e nationale). Les Corses insulaires et de l'ext�rieur ont la possibilit� de s'inscrire sur la base du volontariat en passant par une bo�te postale, des militants ou un site internet. La "nationalit� corse" peut �tre acquise par toute personne de plus de 17 ans n�e en Corse, d'ascendant corse, ou apr�s dix ans de r�sidence continue dans l'�le", selon les crit�res retenus par les nationalistes.
Ce projet qui vise � cr�er "un outil de souverainet� hors des institutions fran�aises" est soutenu par Corsica Nazione, affili� � Indipendenza, et les mouvements ANC, Fronte Corsu et I Verdi Corsi, favorables � l'autod�termination. Cette d�marche a quelque chose de surr�aliste pour quiconque conna�t la soci�t� corse et les courants qui la traversent. Les nationalistes, en panne de v�ritable projet politique, paraissent se jeter � corps perdu dans une fuite en avant qui risque fort de devenir un mur. S'il s'av�re en effet en octobre que seul quelques milliers de personnes ont souscrit au projet d'Assembl�e nationale, il ne restera gu�re d'issue honorable aux nationalistes. D'autant qu'entre-temps vont intervenir deux tests en temps r�el : celui du r�f�rendum puis celui des �lections territoriales qui permettront � chacun de se compter. Il est � craindre que si les nationalistes comprennent qu'ils vont au-devant d'un �chec, ils ne radicalisent leur action et refuse de participer � ces scrutins.
La vente des cartes d'identit� peut conna�tre un succ�s d'estime et de curiosit�. D�j� en 1976, les autonomistes avaient propos� des cartes puis le projet avait sombr� dans l'oubli.
Les Corses de la diaspora souhaitent eux aussi �tre consult�s sur l'avenir de l'�le � l'occasion du premier r�f�rendum local sur ses institutions, qui pourrait �tre organis� d�but juillet.
"Ces Corses de l'ext�rieur ont une attache visc�rale � leur �le, � leur village o� ils ont famille et amis, o� ils reviennent r�guli�rement et envisagent souvent de s'installer � la retraite", explique Jean Grazi, pr�sident de la F�d�ration des groupements corses de Marseille qui revendique 10.000 adh�rents.
"Tr�s concern�s par la vie politique locale, ils estiment avoir leur mot � dire sur l'�volution du statut de l'�le, m�me s'ils ne peuvent pas participer au vote, n'�tant pas inscrits sur les listes �lectorales" de Corse, ajoute Jean Grazi.
"� l'�poque des accords de Matignon, nous avions propos� au S�nat que les Corses de l'ext�rieur soient repr�sent�s � titre consultatif", rappelle aussi Jean Magni, pr�sident de "l'Unione Corsa" d'Antibes qui regroupe 300 familles. "Beaucoup d'entre nous ne comprennent pas pourquoi ils sont � nouveau tenus � l'�cart d'un r�f�rendum qui engage l'avenir de l'�le", ajoute-t-il, soulignant combien la refonte des listes �lectorales de 1992 avait occasionn� de frustration parmi les exclus.
S'il n'existe pas de recensement de la diaspora corse, des estimations font �tat d'1 � 2 millions de Corses dans le monde, parmi lesquels 600.000 sur "le continent" (la France moins la Corse), dont 3 � 400.000 dans le sud de la France et 150.000 � 200.000 � Marseille. Une population bien sup�rieure aux 195.000 �lecteurs inscrits appel�s � participer au r�f�rendum, selon un chiffre de l'Assembl�e territoriale. Mais on ne sait pas encore ce qui �tablit qu'une personne est corse.
Les nationalistes ont adopt� les crit�res des accords de Matignon relatifs � la Nouvelle Cal�donie. Mais qui des Corses de l'ext�rieur pourra voter ? Est-ce que ce vote de Corses qui n'ont souvent jamais connu les affaires de l'�le, ne risque pas, de d�stabiliser le corps �lectoral insulaire et de provoquer de nouvelles haines ? Jos� Rossi, pr�sident de l'Assembl�e territoriale, avait d�j� attir� l'attention du l�gislateur sur ce probl�me.
"En raison de leur nombre, de leur attachement affectif, de leur influence et de leur poids �conomique, les Corses de l'ext�rieur peuvent jouer un r�le important. Mais celui-ci ne peut �tre que consultatif s'ils ne votent pas dans l'�le. C'est un atout dont il serait absurde de se priver. Il peut notamment am�liorer l'image de la Corse et accro�tre son poids politique".
Jos� Rossi envisage pour cela la cr�ation d'un "conseil des Corses de l'ext�rieur". "J'ai incit� les associations � se coordonner en vue de cr�er un coll�ge de 30, 40 ou 50 membres, sans hi�rarchie, au fonctionnement simple, qui pourrait �tre consult� sur les grands dossiers", explique-t-il.
"Il aurait fallu que M. Rossi le fasse bien avant", juge Jean Magni, "autour de moi, cela piaffe". Jean Grazi annonce, lui, qu'il organisera son propre r�f�rendum � Marseille.
D'autres Corses ont choisi de s'inscrire sur les "listes �lectorales" ouvertes par les nationalistes, pour recevoir une "carte d'identit� corse" et, pour certains, participer � l'�lection d'une "Assembl�e nationale corse", m�me s'ils savent que tout cela n'a aucune valeur l�gale, expliquent des pr�sidents de f�d�rations.
"La diaspora est tr�s en demande d'un lien avec la Corse", a confirm� le nationaliste Maurice Giudicelli (Indipendenza).
Il faut maintenant savoir comment manier ce qui s'av�re �tre une v�ritable cocotte-minute. Nicolas Sarkozy a beaucoup de travail devant lui.
� la veille de sa cinqui�me visite dans l'�le depuis son arriv�e place Beauvau, il a appel� les Corses � saisir leur chance, � "cr�er ce sursaut, cet �lectrochoc r�publicain et salutaire" en se pronon�ant sur l'avenir institutionnel de leur �le lors du prochain r�f�rendum.
"C'est l'occasion pour eux de s'exprimer et de ne pas laisser d'autres parler en leur nom", a plaid� le ministre de l'Int�rieur, invit� du "Grand Jury RTL-Le Monde-LCI". "Je souhaite de tout mon c�ur qu'ils saisissent cette chance, qu'ils prennent la main que nous leur tendons".
"Il s'agit de donner la parole aux Corses. C'est la premi�re fois qu'on va leur donner la parole", a-t-il expliqu�, assurant que "�a va beaucoup changer les choses parce que s'ils disent oui, la question institutionnelle sera tranch�e (...) et s'ils disent non, la question institutionnelle sera tranch�e �galement puisque ce sera le statu quo".
Un "oui" de la population corse permettra l'"�mergence d'une collectivit� unique: seul employeur, seule � lever l'imp�t, seule � d�finir une strat�gie coh�rente sur la Corse", a-t-il pr�cis�, expliquant que les deux d�partements seront supprim�s en tant que tels "puisque la seule entit� qui aura la personnalit� juridique sera la collectivit� unique".
"La Corse a aujourd'hui trois probl�mes � r�soudre: un probl�me de paix, pour �radiquer les comportements mafieux et la violence, un probl�me de d�veloppement �conomique, parce que �a ne marche pas, et un probl�me de cadre institutionnel".

�2003 L'investigateur - tous droits r�serv�s